"Marchands, n'achetez plus ces horloges,

c'est le coeur de ces fermes où naissent, vivent, meurent les paysans que vous arrachez ....."

 

Je range ce message dans la catégorie "Coin Lecture" mais j'aurais pu le classer dans : Patrimoine d'Upaix, car comme je vous l'ai déjà dis, c'est la terre de mes aïeux, et j'aurais pu le mettre aussi sur Chateauvieux où se trouve la ferme de mes grands-parents paternels.

Je suis tombée par hasard sur un livre qui m'a beaucoup touchée et émue. Son titre est : "PAYSAN, mon ami ."..

Le décor de ce livre est planté en Ardèche, mais il aurait pu l'être dans nos campagnes de Haute-Provence, dans la vallée de la Durance.Nos gens de la terre sont les mêmes et je remercie l'auteur Michel José pour son texte et ses photos magnifiques qui me sont familières. Ce paysan, c'est mon Papé, Cette vieille dame aux cheveux blancs et son tablier, c'est ma Mamée. Le décor est le même. C'est celui de mon enfance ...où je passais toutes mes vacances.

Je ne peux faire autrement que de vous faire partager ces quelques phrases de l'auteur :

.. "Paysan mon ami, que j'aime ta maison. Je me sens bien chez toi assis près de la cheminée, cette odeur de feu de bois qui imprègne les cheveux et que je retrouve en arrivant chez moi. Parfois de longues discussions à n'en plus finir, parfois de longs silences qui en disent plus que les paroles ; cette douce chaleur qui arrive par devant, la couleur que prennent les visages quand ils contemplent les flammes, le feu que l'on observe et qui fascine, les escarbilles qui jaillissent par moment et qui pètent avec un bruit sec, comme des fusées de feux d'artifice. Cette fumée que le vent renvoie à l'intérieur de la pièce, qui pique les yeux et qui fait pleurer.

Les chats, eux aussi viennent se chauffer, le chien, les yeux mi-clos, rêve. Pendue à une ferraille, dans cette marmite en fonte la soupe mijote éternellement ; de temps en temps le couvercle se soulève, laisse échapper un jet de vapeur, une odeur qui ouvre l'appétit ... un peu de liquide s'écoule dans le feu. Tu te penches, pour remettre du bois, la pièce s'assombrit et puis à nouveau les flammes s'élèvent, le bois tout neuf pétille, le rêve s'arrête, on se regarde, la vie continue et l'on parle à nouveau.

Tu te lèves brusquement, tu ouvres la porte, tu reviens une bouteille à la main ; avec toi rentre dans la maison, une odeur d'étable, de lait de chèvre un peu aigre, ces chèvres que ta femme est entrain de traire .. Dans le placard, tu prends deux verres et nous trinquons à notre santé. d'un revers de main, on essuie de chaque côté de la bouche les traces laissées par ce petit rouge bien frais, on allume une cigarette et tu m'expliques que la nuit dernière dans le champ d'en haut les sangliers ....

Que j'aime me retrouver chez toi ... en levant les yeux, je contemple ce plafond noirci par la fumée ; aucun ébéniste, quelque soit son talent, n'aurait pu lui donner cette patine incomparable qu'a su lui donner le temps. De ces murs recouverts de bois, à peine dans le bas devine-t'on la matière, puis au fur et à mesure que le regard monte, on voit que là aussi, le temps a laissé son empreinte. Par endroit, une tache plus claire, un cadre ou une image que tu as un jour enlevé et qui n'a jamais été remplacé ... Ces calendriers crucifiés chaque année les uns sur les autres dans un coin de la cheminée où l'on peut si on le désire savoir dix années en arrière, le jour de son anniversaire. Combien sont-ils ? dix, quinze ? Je reste un peu stupide en découvrant brusquement que le temps passe vite et que les années, comme ça, épinglées, c'est peu de chose.

Sur ce porte-manteau tout en longueur, les vêtements de chasse, de travail, de pluie s'amoncellent les uns sur les autres dans un désordre indescriptible. Mais est pourtant si facile pour toi de trouver et de décrocher celui dont tu as besoin. Ces fusils pendus par la bretelle, la gueule vers le plafond, cette gueule qui crache la mort à une certaine époque dans le ciel et les taillis ... Cette grande horloge inlassablement compte le temps quand tout est calme, silence, on entend même le bois vibrer au rythme de son balancier.

Cette grande table que les chiens ont griffée avec leurs pattes en mandiant un peu de nourriture, cette grande table, où tu vas, avec moi, partager ton repas, cette soupe qui sent si bon, ce lard, ce fromage, ce pain que tu as fait toi-même, l'opinal avec lequel, on coupera de larges tranches ... Je me sent envahi par une immense joie, je crois qu'à ce m oment là je suis près du bonheur dont nous rêvons tous. ......

Je vous observe tous les deux, vous vous intégrez à tout cela d'une façon extraordinaire, vous êtes à votre place ; vous faites partie de cet univers, l'enfance, l'âge adulte, la vieillesse, le rythme des saisons, le soleil, la pluie, le vent, la neige, tout cela est vrai, c'est la victoire de l'utile sur l'inutile ; tout ce que contien ta maison est nécessaire, chaque chose, chaque objet, tout est là, fidèle, prêt à te servir......

Que de courage tranquille, de labeur, de ténacité, tout ce travail pendant des années sans jamais prendre des vacances ; ces bêtes qu'il faut soigner tous les jours ; ces terres qu'il faut travailler, en hiver comme en été, ces pays inconnus que tu ne découvriras jamais.Ce voyage de noce que tu as fait il y a maintenant bien longtemps ....tu es vite revenu chez toi et depuis ...

Paysan mon ami, je te dois beaucoup. Tu m'as donné une leçon de modestie, grâce à toi, je suis revenu sur terre. Quand on découvre tout à coup que "beaucoup d'eau a coulé sous les ponts", que cette jeunesse que l'on croyait éternelle s'est évanouie, que l'on ne voit plus le soleil se lever, que l'on confond la nuit et le jour, que la communication est de plus en plus difficile avec les autres et pour un tas de choses encore ... en te rencontrant j'ai eu beaucoup de chance. Si parfois dans mon texte et dans mes images, je me suis montré maladroit, si j'ai pu te décevoir à un moment quelconque, tu sauras me pardonner car dans tous les cas, je t'aurais beaucoup aimé ....

 

Je me suis retrouvée entièrement à travers ce livre. J'aurais pu l'écrire. Pour ceux qui voudraient se le procurer :

Paysan mon ami de Michel José Editions Didier Richard Achevé d'imprimer le 30 aril 1980

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Quand j'étais enfant avec mon grand-père

dans la cour de la ferme.

Je serais heureuse de connaître vos impressions à travers un commentaire. Bien à vous .