LE CHATEAU DE CHATEAU-ARNOUX

le_ch_teauDans mon message du 7 mai 2009, je vous présentais le Château de Château-Arnoux à l'aide d'un article réalisé par l'Office de Tourisme, aujourd'hui, je vais vous en parler un peu plus longuement. Ce sont des renseignements que vous pourrez retrouver dans les Annales de Haute-Provence - Bulletin de la Société Scientifique et Littéraire sur Château-Arnoux N° 303.

Le château de Château-Arnoux,

a été construit au début du XVIème siècle

par Pierre de Glandevès.

On n'en possède pas de documents iconographiques, sauf quelques cartes postales anciennes datant de la fin du XIXème siècle. On ne sait pas comment étaient les gâbles des fenêtres situées juste sous la toiture, ni pourquoi ceux-ci ont été supprimés. Certains auteurs ont cru que c'est à la Révolution que le haut des fenêtres supèrieures a été arrasé.

Le château fut acheté par la Commmune de Château-Arnoux en 1947. La Mairie fut installée au 1er étage et le rez-de-chaussée devint un restaurant. La Mairie s'étendit en 1979, occupant l'ensemble du bâtiment.

Le_chateau_1Le Château a une partie centrale rectangulaire, flanquée de cinq tours : deux tours rondes à l'Ouest, deux tours carrées à l'Est ; une cinquième tour sur la façade Est abrite un grand escalier hélicoïdal. Le corps principal se compose d'un rez-de-chaussée sur caves, surmonté de quatre niveaux. Les tours sont à la même hauteur que le corps principal. Les façades comportent deux types de fenêtres : des fenêtres du XVIème siècle (avec meneaux, traverses et encadrement supérieur s'arrêtant sur deux culots armoriés ; les fenêtres supérieures de ce type étaient couronnées d'un gâble supprimé ultérieurement)) ; des fenêtres rectangulaires en hauteur du type XIXème siècle. Le parement extérieur était en pierre largement rejointé ave des traces nombreuses d'anciennes meurtrières et de bouches à canon.

Seule la tour hexagonale est classé depuis le  28 novembre 1969, les façades et toitures sont inscrites à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 1er décembre 1969.

En 1971, c'est la façade Ouest qui a été restaurée ..... car au cours des temps, la façade s'était peu à peu dégradée.

LES OUVERTURES :

On peut constater d'abord que ce château a de très nombreux type d'ouvertures.

Les ouvertures défensives d'abord : des meurtrières en forme de croix sur les quatre tours rondes et carrées. De telles sarchères canonnières à croisillons étaient d'un emploi fréquent à la fin du XIVe et au cours du XVe s.

Des bouches à feu rectangulaires sur la tour hexagonale et sur les autres tours.

Des fenêtes ensuite :

LE_CHATEAU_4Fenêtres à meneaux du XVIème siècle avec des culs-de-lampe armoriés et des gâbles arasés depuis aux fenêtres supérieures.

Le seul couronnement authentique resté en place est celui de la fenêtre haute de la tour circulaire de la façade Sud. La coquille Saint-Jacques qui l'orne lui a sans doute porté bonheur.

EXTERIEUR_2

Il existe aussi une fenêtre, XVIème siècle, dont l'ouverture a été transformée en entrée de pigeonnier, marquant ainsi le côté rural de cette demeure seigneuriale.

EnfEXTERIEUR_1in des fenêtres à meneaux sans moulures et des fenêtres en hauteur du XIXème siècle.

LA TOUR HEXAGONALE

le_chateau_3

La tour hexagonale, à droite sur la photo ci-contre, qui contient le remarquable escalier à vis, a été construite après le bâtiment central : elle est plaquée contre la façade Est et cache en partie la vue d'une magnifique fenêtre à meneau qui éclaire la grande salle du 1er Etage.

Cette salle possède un plafond à la française.

Pendant le chantier, le décroûtage de la façade a permis de retrouver une porte condamnée, bien dessinée, ornée de moulure du XVIème siècle et qui donne dans le vide au 1er Etage. Cette porte à été rouverte et close par une vitre Sécurit.

Outre la sculpture intérieure de l'escalier que chacun peut admirer, il faut regarder extérieurement, en partie supérieure, de petites sculptures, en particulier une tête de lion et observer des restes de corbeaux en pierre destinés vraisemblablement à soutenir des hourds. Il s'agit donc d'un système de défense habituellement antérieur eu XVIème siècle.

LES SCULPTURES :

Outre les sculptures intérieures de l'escalier et les culots sulptés, dont nous avons vu que seuls cinq d'entre eux sont d'origine, il faut noter la sculpture des gargouilles dont l'une est déposée dans l'escalier, les autres sont mutilées, mais elles méritent qu'on les observe attentivement.

En restaurant la fenêtre du 3ème étage située à droite de la tour Exagonale, on a découvert que le bandeau formant appui de fenêtre, était constitué par un élément d'une belle moulure sculptée réutilisée. L'appui a été refait avec une pierre neuve et l'élément de sculpture a été déposé pour être présenté à l'intérieur du château. ...........

Le système de défense de ce château semblerait dater du XVème siècle avec ses meurtrières bouchées par la suite, ses bouches à feu et ses corbeaux destinées à porter des Hourds. Pierre de Glandevès aurai-il construit ce château, ou n'aurait-il pas modifié profondément un bâtiment antérieur ?

Une autre question se pose également, c'est celle de savoir d'où provient la frise sculptée trouvée dans l'appui de fenêtre ? Il semble qu'il y ait eu un décor beaucoup plus riche que ce que nous voyons actuellement.                     (Jean-Pierre Ehrmann)

L'ESCALIER DU CHATEAU

12

La Salle d'Honneur

Salle_des_mariages

Jen-Pierre Ehrman dans son propos a présenté le château, selon lui du reste, construit en deux temps, ce qui n'est pas admis de tous.

Nous parlerons donc que de l'escalier qui en est, avec la salle d'honneur tendue de boiseries au XVIIIème siècle, la partie la plus intéressante et la plus singulière par son admiralble décoration.

L'escalier, qui dessert les étages de la grande demeure, s'inscrit dans une tour polygonale élevée en saillie contre la façade Est. Des couvertures moulurées l'éclairent sans faire oublier les archères horizontales qui en pouvaient défendre l'accés. Cette décoration extérieure ne retiendrait pas autrement l'attention, mais, la porte franchie, l'escalier dépploie sa vis parfaite où court sur le noyau une branche sans fin. ET là encore tout serait simple sinon banal, si des écoinçons ne venaient dans l'ascension fleurir son architecture et rythmer la montée.

4

Et quels écoinçons !

Seize en tout, oeuvrés dans un calcaire blond à grain fin. Ils offrent des bustes d'hommes et de femmes dont chacun porte une manière d'élégant cartel pour bien dire qui ils sont

Montez et contemplez. Voici tour à tour :

- Lucrèce ("Lucrecia chasta", dit le cartel) qui se tua parce qu'outragée par Tarquin.

- Un buste viril se présente à la suite, vêtu à l'antique, dont le cartel mutilé ne dévoile pas l'identité.

- Vient un enfant vêtu d'un ample manteau ou chlamyde attaché sur l'épaule, taillé lui dans un matériau rugueux.

- Un buste affreusement mutilé lui succède.

- Mais voici Hannibal !

Ici, rêvez un peu au "chef borgne monté sur l'éléphant Gétule". Et surgiront l'Espagne la Gaule et les Alpes traversées dans les premières neiges d'octobre par un col resté mystérieux. ET surgirent la Trébie, Trasimène et Cannes, toute une gloire anéantie à Capoue ...

- Voici Cassandre (d'une si belle venue), l'incrédible Cassandre, belle et pleureuse, dont nul ne croyait les prédictions.

- Voilà Hercule, le fils de Jupiter et d'Alcmène, l'homme dieu des Travaux.

- Polyxène, aimée d'Achille.

- Orphée, (le plus noble émoinçon), le fis d'Apollon et de Chio, Entendez-vous sa lyre pleurant la perte d'Eurydice ?

- Voici la nymphe Pegasis (d'une incomparable venue) mais dont nul ne nous dit qui elle était.

- Pâris à qui les bergers qui l'élevèrent donnèrent le nom d'Alexandre (ainsi parle le cartel), fils de Priam, qui enleva Hélène et déchaîna la Guerre de Troie.

- La nymphe Epérie, comme Pegasis, garde son secret (ces gens du XVIe siècle savaient bien des choses perdues depuis, semble-t'il)

- Anthénor est lui bien réel. Accusé de trahison après la chute de Troie, il aborda en Italie et fonda Padoue si nous avons bonne mémoire.

- La nymphe Thétis, fille de Nérée et mère d'Achille. (Et comment ici, ne pas songer au tableau d'Ingres, à Aix la presque voisine !).

- Achille fait suite naturelle, fils de Thétis et de Pélée, qui périt par sa cheville que ne toucha point l'eau du Styx.

- Enfin voilà Judith, cette héroîne juive qui trancha la tête d'Holopherne.

Vous êtes au terme de la montée et l'escalier, soudain, s'épanouit en une corolle comme s'ouvre une fleur.

C'est beau et d'une venue admirable mais de plusieurs mains, dont une est celle d'un grand sculpteur, italien, peut être, certains de ces bustes (Orphée, Polyxène, Pâris) évoquant de grandes oeuvres toscanes.

Et à travers ces personnages qui appartiennent à la guerre, à Rome, à la Grèce, à la Bible et aux légendes troyennes, en filigrane, s'avoue Pierre de Glandevès qui a dicté la décoration, l'a choisie, ordonnée. Il y a là ses ambitions, ses rêves, ses héros, sa culture. Il y a là le soldat et le poête, l'homme d'action et le rêveur, en un mot l'homme de son temps à la charnière du passé et de la pensée moderne.

Or descendant le bel escalier, sur le seuil qui livre la salle d'honneur du château, Pierrre de Galndevès vous attend.

Il est devant vous avec son épouse au coeur du bas-relief qui couronne la porte.

Cette derniière est un grand morceau ouvragé du même calcaire que les écoinçons. Les pieds-droits cannelés sont couronnés de chapîteaux qui portent le linteau ciselé. Au-dessus règne le bas-relief dans un cadre fleuri de motifs renaissance.

Les bustes de Pierre de Glandevès et de Madeleine de Villemus, véritables portraits à n'en pas douter, se font face. Pierre porte un casque et une cuirasse richement ornée. Madeleine est parée d'une coiffure faite de feuilles et de perles. Sa robe plissée est toute broderie.

Cependant qu'au-dessus d'un entablement, et dominant la porte, se lisent, soutenues par des dauphins et des lions, les armes qu'avaient voulues Pierre de Glandevès en hommage à son épouse : l'écartelé de Villemus chargé en coeur du blason des Glandevès-Faucon.

Ayant longuement contemplé la porte et sa décoration raffinée, vous penserez comme nous qu'il rayonne des portraits plus qu'un contentement, plus qu'un légitime orgueil, l'affirmation d'une puissance sûre et sereine.

Dès lors, entrez dans la salle d'honneur comme le faisaient vers 1520, les hôtes de Pierre de Glandevès et de Madeleine de Villemus.

Ils vous attendent !                                                                                                                                 Pierre COLOMB

3

Posté par Une jarlandine à 11:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :