25 octobre 2013

Bijoux en cristal de roche et en variolite -... Hautes-Alpes

Un peu d'histoire et un peu plus de savoir sur ces bijoux de mes aïeules, grâce à Edmond DELAYE.

(je dis "mes" car mes aïeules (paternelles et maternelles) étaient haut-alpines.)

 

Une très intéressante industrie fut introduite à Briançon,

 vers la fin du XVIIIème siècle,

 par Antoine Cayre-Morand.

Dès 1753, un sieur Bruno Micoud, concessionnaire depuis 1752 des mines et minières du Haut-Auphiné, avait demandé au roi l'autorisation d'entreprendre, sans concurrence, la fouille des cristaux de roche dans l'étendue de sa concession, et désirait également y établir une manufacture de taille ; ce qui lui avait été accordé par un arrêt du Conseil d'Etat, le 4 septembre 1753. Mais aucune suite ne fut donnée à l'érection de la manufacture, et ce ne fut qu'en 1778 que l'artiste et savant Antoine Cayre-Morand, reprenant cette idée, put la mettre en exécution, et non sans peine.

Fils d'Alexis Cayre, maître-orfèvre de Briançon, et appartenant, par sa mère, à la famille du célèbre Architecte Morand, né à Briançon, et mort à Lyon, sur l'échafaud, en 1794 ; Antoine Cayre, également né à Briançon, le 27 juin 1747, était doué d'une très belle intelligence, à laquelle s'ajoutaient imagination, volonté, activité, et un goût natif en firent un artiste de premier ordre en glyptique et dans la taille des pierres précieuses.

Ses connaissances approfondies et ses oeuvres d'art lui valurent la protection et l'amitié de Voltaire, de Larochefoucauld-Denville, du baron de Choiseuil, du Ministre de Vergennes, du chimiste Fourcroy, du géologue Faujas de Saint-fond, des lapidaires parisiens Fontaine et Delacroix, du manufacturier anglias Boulton, du naturaliste espagnol Davila et de beaucoup d'autres.

A quatorze ans, son père le plaça en apprentissage à Turin, et, vers dix-sept ans, il commença des voyages d'études qui le menèrent à Rome, Naples, Florence, Venise, Milan , Genève et à Ferney, où, en 1771, il fit tant qu'il fut reçut par Voltaire et lui grava son portrait en intaille, puis à Paris, où il suivit des cours de chimie, de physique et d'histoire naturelle et s'attira de nombreues amitiés par les services qu'il rendit à plusieurs artistes distingués.

Il apprit à mouler les plus petits objets, et exécuta, pendant son séjour dans la capitale plusieurs travaux dignes d'attention, tels que le portrait de Mme la Dauphine gravé en bas-relief, enrichi de diamants et formant bague, et une canne gnomonique très remarquée par l'Académie des Sciences.

De là il passa en Angleterre, y visita avec fruit plusieurs ateliers, se rendit ensuite en Espagne et rentra dans sa ville natale, en 1776, après douze ans d'absence, décidé à tirer profit des connaissances variées et précieuses qu'il avait acquises pendant ses longs et dispendieux voyages, et à créer, dans son pays, une source de richesses, par la taille du cristal de roche, de la variolite et d'autres produits naturels de nos Alpes. ( Chargé en 1768, par l'intendant du Dauphiné, de visiter des mines en Briançonnais, il avait découvert à Vallouise, une sorte d'améthiste fort curieuse, d'un violet peu foncé et tirant sur le rouge).

Il se mit à la recherche d'actionnaires ..... Surpris, mais non découragé, Cayre demeura inébranlable dans son projet et trouva moyen de se procurer 60 000 livres qui lui étaient nécessaires, se chargea seul de la direction de sa manufacture et ouvrit ses ateliers de taille en 1778.

Il s'entoura des meilleurs ouvriers ... Doué d'une énergie inlassable, il modifia les procédés de sa fabircation, capta la confiance absolue de ses ouvriers, leur apprit de nouvelles méthodes, lutta sans découragnement et en 1784, obtient du roi, le titre de manufacture royale, comme ayant frayé une route nouvelle à l'industrie nationale.

De 1784 à 1787, la manufacture se consolida, redoubla d'activité, progressa remarquablement, et donnant à son fondateur des bénérfices qui le dédomagèrent des ses peines et de ses sacrifices.

Cayre voulait, dans l'intérêt de la France, faire de Briançon ce que la Hollande avait fait de Bruges, une pépinière de lapidaires. Malheureusement, la plupart de ses ouvriers, venant de l'étranger, y retournaient, emportant avec eux une partie de ses nouveaux procédés. Il aurait voulu n'occuper que des Français, mais dans l'impossibilité de le faire, il spécialisa chacun d'eux et chaque oeuvre passa par plusieurs mains.

Le personnel de la Manufacture royale de Briançon était divisé en quatre sortes de professions :

- les lapidaires dans le grand genre,

- les lapidaires à facettes ,

- les bijoutiers,

- les metteurs en oeuvre.

Pendant cette période de prospérité, Cayre inventa la taille de ses boules polyèdres (perle ronde en cristal de roche), qui furent fort goûtées et recherchées de toutes parts, non sans être limitées.

Parmi ses oeuvres maîtresses et remarquées, il faut citer :

- un obélisque en cristal de roche,

- une pyramide formée de différents cristaux,

- un portrait en relief, gravé dans le cristal de roche représentant Voltaire,

- Un lustre à cylindre, composé de plus de 1 500 cristaux, qui ne fut achevé en 1789, et qui lui valut son traitement d'être porté de 3 000 à 6 000 livres par le Gouvernement.

La Révolution approchait, les troubles commençaient et sa manufacture fut toute désorganisée par le départ de ses ouvriers aux armées.... puis la manufacture ferma en 1794.

Après plusieurs années de luttes, il alla se fixer à Turin, y passa le reste de sa vie, occupé de son commerce, se livrant à ses études de prédilection et continuant, avec les savants et les artistes, ces rapports d'amitié auxquels il attachait un si grand prix et mourut enfin en 1832.

On connaît de lui un intéressant volume qui a pour titre : "La Science des pierres précieuses".

En dehors des pièces saillantes et remarquables citées plus haut, la manufacture royale de Briançon, et c'est ce qui intéresse plus particulièrement ce chapître, fabriqua de nombreuses perles de toutes formes, destinées à former des colliers ou à être montées en pendants d'oreille (voir n° 12 ci-dessous,) dans les cristaux de roche des Alpes dauphinoises (c'est le nom donné aux cristaux de quartz, incolores et transparents qui garnissent les druses de certains filons). Cayre fabriquait également des croix (n° 2 et 5) soit en cristal, soit en variolite, dont il revêtait ordinairement les extrémités d'ornements en or, ou perforait simplement le sommet afin de pouvoir les suspendre au col par un ruban.

ScannedImage-25

Un nommé Fine, ancien ouvrier de la manufacture, natif de Villard-Saint-Pancrasse, faisait, en 1805, des colliers des pendants d'oreille, des croix, des broches ... en cristal ou en variolite de la Durance.

A cette même époque, un lapidaire nommé Clément, qui avait également travaillé chez Cayre-Morand, avait conservé une meule et continuait à tailler les cristaux de roche et surtout les variolites.

Toujours à Villard-Saint-Pancrasse, au hameau de Sacha, un lapidaire connu sous le nom de Colomban, se livrait vers 1842, au même gendre de travail artistique.

Contrairement à ce que l'on a pu croire, dans les année 1900, la taille des cristaux et variolites du Haut Dauphiné n'a pas disparue complètement du Briançonnais, et Monsieur DELAYE a pu constater "de visu", qu''un habile lapidaire-bijoutier y produisait encore (en 1921) des croix, ces colliers, broches et pendants d'oreille fort intéressants.

D'une intélligence très curieuse, ayant, dans la vie, touché à tout, à sa façon, tant en réalisations artistiques qu'en celles de science, Alphonse Salle, né à Briançon, le 7 janvier 1853, de parents peu fortunés, embrassa la même profession que son père, qui était horloger-bijoutier.

Ayant terminé son apprentissage en 1865, il eut l'occasion, pendant l'hiver de cette année, de lire un ouvrage commentant la vie, les souvenirs et les oeuvres de Cayre-Morand.

Cette lecture fut pour lui une révélation, et il fut pris de l'idée de rénover l'oeuvre de son prédécesseur.

Il reprit tout d'abord la taille de la variolite qu'il exécuta lui-même, à l'insu de son père, et malgré l'oppostion de celui-ci, qui ne cessa de lui dire qu'il perdait son temps et son argent.

ScannedImage-24Possédant tout l'outillage nécessaire à la fabrication des bijoux, il put monter lui-même ses pierres (voir la croix ci-contre) et les exposa dans une petite vitrine, à l'intérieur de son magasin, situé encore (en 1921) au beau milieu de la grande gargouille de Briançon.

Encouragé par les ventes qu'il en fit, le succès le poussa à la création de nouveaux modèles qu'il eut soin de déposer au greffe du tribunal, afin de sens réserver le profil et les bénéfices qu'il réussissait.

Son entreprise prit alors une telle extension qu'il ne peut plus répondre seul aux demandes et fut obligé de chercher et former un ouvrier lapidaire, ce qui ne fut pas sans difficultés.

Ce fut alors qu'il ajouta à la taille de la variolite celle des cristaux de roche, et son travail et son goût lui obtinrent de nombreuses récompenses dans les expositions régionales de Briançon, en 1884 ; d'Embrun en 1890, et à l'exposition internationale du Progrès, à Paris, en 1897.

Monsieur Edmond Delaye a tenu avant de terminer ce court historique de l'industrie des bijoux dauphinois confectionnés avec des minéraus des Alpes dauphinoises, à signaler cette dernière initiative digne d'être encouragée et suivie.

"Puissent ces quelques pages bien incomplètes sur les anciens costumes et les bijoux des Alpes du Dauphiné, avoir intéressé le lecteur et lui avoir fait connaître un peu de ce coin de France si pittoresque et si beau."

Voilà, je m'étais engagée auprès de vous chers lecteurs de mon blog, à porter à votre connaissance le contenu de ce livre d'Edmond Delaye sur "Les anciens Costumes des Alpes du Dauphiné" édité à Grenoble en 1922, c'est chose faite. Je l'ai beaucoup apprécié et je remercie encore une fois le Monsieur qui me l'a confié. Il a trouvé cet ouvrage dans la bibliothèque de son père décédé, avec la dédicace personnelle, à la plume, de M. DELAYE. Il a sa place à présent sur l'étagère de ma bibliothèque.

J'espère que toutes ces descriptions et précisions sur le costume et les bijoux de nos Hautes-Alpes vous auront intéressées autant que moi.

En tout cas, si d'aventure vous aviez de ces vieux bijoux en cristal de roche et en variolite qui ne vous intéresseraient pas, je suis preneuse ...... !

A noter que la Variolite se rencontre principalement dans les Alpes dauphinoises et surtout dans les Hautes-Alpes, et prend le nom de variolite de la Durance ou variolite du Drac, selon que les fragments sont détachés et roulés par l'une ou l'autre de ces deux rivières.

La variolite est un type globulaire très curieux de roches hypo-cristallines qui occupe le bord des épanchements d'euphotides, et que Michel-Lévy considère comme le terme vitreux de cette série.

Pour donner un peu plus de corps à ce message, si certains pourraient penser que la variolite est une maladie, la variolite n'est pas une maladie mais elle y ressemble, en effet, c'est une roche vert-sombre parsemée de taches claires rappelant les sinistres boutons de la variole. Grâce à François qui a bien voulu me laisser un commentaire et que je remercie au passage, je peux vous renvoyer vers le lien ci-dessous, où vous découvrirez de très belles photos de ces variolites. (et où il met côte à côte une personne atteinte de variole et une variolite .... stupéfiant..)

 http://variolite.fr/photo-variolites.htm

J''invite forfement tous ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette pierre et ses origines, et voir également d'autres bijoux confectionnés avec ces pierres, la vidéo sur la première page du site :

http://variolite.fr

PS : je suis très heureuse de voir que mes messages, en fin de compte, sont très instructifs et je ne perds pas mon temps, car ils intéressent toujours quelqu'un et apportent de la culture aux néophites. Merci à tous ces amis de la blogosphère qui me laissent des commentaires. Cela me donne du punch pour continuer ....

  

 

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08 janvier 2013

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné (suite)

CHAPTITRE V

LES ETOFFES EMPLOYEES

Malgré l'apparition de quelques manufactures de draps et de soies, les régions montagneuses du Dauphiné continuèrent à voir fleurir la fabrication individuelle des étoffes destinées à leurs vêtements familiaux.

Les nombreux troupeaux d'ovins fournissaient à leurs maîtres, leur chair et leur laitage comme nourriture et leur laine dont il fabriquaient des étoffes grossières à la vérité, mais qui suffisaient à leurs vêtements.

Suite à l'initiative de M. de Bardel, Maire de Méreuil, petit village des Hautes-Alpes de nombreux "mérinos" sont introduits en 1804 dans le département. On en comptait plus de 4000 qui produisaient plus de 3 kilos de laine par tête.

Voici comment se travaillait la laine dans nos Alpes :

La fabrication ne commençait ordinairement qu'après la Toussaint et finissait au mois de mars. Elle occupait pendant ce temps d'hiver, à peu près tout le peuple, les vieillards et les enfants, depuis l'âge de sept ans, triaient la laine, c'est à dire en détachaient les lampourdes, pailles et autres choses de cette espèce qui s'y trouvaient, opération qui n'avait pas même besoin de l'office des yeux, puisque la tat (le toucher) suffisait.

Les hommes battaient la laine, pour en détacher la poussière, la peignaient et la cardaient, métier que presque tous les paysans savaient encore, en 1850, et les femmes filaient.

Une jeune bergère, en gardant aux champs son troupeau, gagnait, par sa quenouille, jusqu'à deux sols, ce qui faisait sa nourriture.

D'autres femmes et des enfants dévidaient le fil, le mettaient en chaîne et en bobines, pour être remis au tisserand, et presque tous les paysans avaient des métiers à eux et gagnaient dans leur famille de 5 à 20 sols par jour, pour tidre, peigner ou carder.

La pièce de drap une fois tissée, était remise au foulon, où elle restait peu, puis était portée dans les magasins répandus en Dauphiné, après que chaque famille eut prélevé le métrage nécessaire à son usage.

Les droguets, ratines, serges, cadis, cordes ou cordelias et les bures de toutes sortes étaient les principales étoffes fabriquées et employées par les paysans, qui consacraient en général la laine de leurs brebis à la fabrication d'une pièce d'étoffe qu'ils appelaient Cordes, et qui mesurait 15 à 16 mètres de long. Elle était faite de laine noire et de laine blanche mélangées au sortir du foulon, pour obtenir une couleur grisâtre qui, ne devant rien à l'art du teinturier,  faisait que ce drap n'était pas brûlé par les drogues et était d'un meilleur usage. Pour obtenir les autres couleurs, les Alpins teignaient avec certains végétaux indigènes.

Etoffes de laine : de 1 700 à 1780, les principaux lieux de fabriques de draps et autres étoffes en la province du Dauphiné étaient : Grenoble - La Mûre - Vienne - Bourgoin - Saint-Marcellin - Romans

Noms des étoffes : Draps mi-forts  en laine de Provence - Draps croisés, dit capucins : la chaîne en laine beige ou musc naturel, trame dans la laine du pays - Droguets blancs dits demi-draps en laines du pays - Droguets forts sur fils appelés dans le pays "serges" : la chaîne en fil, la trame en laine - Burattes de filoselle ou burats : la chaîne en filoselle, la trame en laine - d'autres burattes ont la trame en soie -  Draps de La Salette : chaîne et trame en laine beige.

Fabrique de Vienne : Nom des différentes étoffes :

- Ratines larges d'une aune : chaîne et trames en laine du Dauphiné

- Ratines à la Dauphine : chaîne enlaine du roussilon et trame en laine superfinde de la Romagne.

- Ratines à la Reine

- Ratines communes : chaîne et trame en laine du Dauphiné et poils de chèvre.

- Ratines double broche croisées : chaîne et trame en laine du Dauphiné (1ère qualité)

- Castorine : laine d'Espagne blanche et sigoviane mêlées avec la laine de Romagne noire.

- Calmoud croisé : laine du Dauphiné

- Royale croisée

- Cordillats communs : chaîne et trame pure laine du dauphiné.

- Sardis : chaîne et trame laine du Dauphiné la plus commune et la plus grossière.

- Papeline : pour popeline (était appelée ainsi parce qu'à l'origine elle se fabriquait à Avignon, terre papale) chaîne en Organsin du Dauphiné et trame en filoselle ou fleuret de Suisse.

- Ferraudine : chaîne en organsin du Dauphiné et trame enlaine filée au lait.

- Bayettes : chaîne en laine du Dauphiné peignée et trame en laine du Dauphiné cardée.

- Finettes : Laines du pays, supérieures à celles de Romans.

- Cadis : tissu de laine étroit et léger.

Je vous fais grâce des tableaux explicatifs : C'est impressionant ce nombre d'étoffes, ayant chacune sa petite particularité. ON y perd son latin .....

 

Les ratines, sergettes et draps ordinaires étaient teints à Romans et à Crest. En plus de la fabrication des grosses draperies, l'industrie manufacturière de la Drôme consistait principalement dans le filage, l'ouvraison et le tissage de la soie qui prirent une assez grande extension dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le filage occupait presque toutes les femmes après la récolte, dans la plaine du Rhône.

Ce que gagnait la fileuse était bien peu de chose, juste de quoi se nourrir et s'acheter, de loin en loin, une chemise et .. un ruban de couleur éclatante, le plus souvent ponceau, et qui ajusté à tort et à travers sur ses haillons de la semaine lui servait de parure pour les vogues du dimanche.

Voici comment Georges d'Alcy décrivait une fileuse :

"Presque en chemise, avec une braillette à laquelle pendait un méchant jupon de couleur, retroussé de côté et d'où ressortait la chemise, laissant à découvert la moitié de ses james toutes nues et hâlées, elle était penchée sur le rouet, un bras passé dans la courroie qui la soutenait et se balançait rapidement sur la planchette du dévidoir, bien plus attentive à sa chanson qu'à son ouvrage, lequel, d'ailleurs, n'avait nullement besoin de son attention."

A côté des fabriques de drap et d'étoffes de laine de Gap - Embrun et Briançon, il y a l'industrie de la soie ; fabrication des soieries dans la Drôme et l'Isère, soieries employées autrefois par nos paysans et avec lequelles ils faiseint les fichus et les tabliers des femmes et les gilets des hommes, pour les jours de fête, et que l'on dénommait alors "petites étoffes".

 Trois centres fabriquaient également des mouchoirs damassés. Ces mouchoirs ou fichus de soie que les femmes de nos montagnes portaient depuis le XVIIème siècle venaient en assez grande quantité du Royaume de Sardaigne et entraient en Dauphiné par le bureau de frontière, qui était alors Pont-de-Beauvoisin, en payant des droits asez minimes. Vers le milieu du XVIIIème siècle, les fabricants de soierie du Dauphiné s'en émurent, réclamèrent et obtinrent des droits : les manufactures de l'Albenc, de Romans et de Aillant entreprennent avec succès la fabrication des mouchoirs damassés, alors fort à la mode, et la facilité de les vendre à des prix inférieurs à ceux venant de Sardaigne. (Fait fort intéressant au point de vue local ...)

Mais revenons à la fabrication des étoffes de laine des Hautes-Alpes : les deux genres principaux étaint les sardis et les serges sur fil.

Les fabriques du Dauphiné produisirent une grande quantité de coupons de serges sur fil pour les paysans, ainsi que de petites étoffes, filoselle et laine à l'usage des particuliers.

On reconnaissait les qualités et les provenances des draps, à leurs lisières et aux signets de plomb qui appendait, à titre de marque de contrôle, la corporation des drapiers.

Nos paysans employaient dans leurs vêtements :

L'estamet, lainage léger fabriqué d'abord en Italie ; la serge, analogue au type actuel, et la tiretaine, petit lainage sur chaîne de fil ou de coton, qui était une étoffe de peu de prix.

Les principaux draps de laine commune étaient à cette époque :

- la barde, drap de laine revêche ou flanelle.

- la Bayette, variété analogue.

- la Belaingue, lainage commun au XVème siècle.

- Le Bural ( de Birrus-Burellus, qui ont fait burel, bure) sorte de ratine ou lainage croisé.

- Le Bureau ou le cadis, gros draps de laine teinte en couleurs foncées.

LA TOILE DE CHANVRE :

La culture de chanvre était extrêmement florissante au XVIIIème siècle, et s'étendait dans presque tout le Bas-Dauphiné, et principalement dans la vallée du Grésivaudan et dans les plaines du Rhône et du Viennois, si bien que tous les hivers, plus de deux mille hommes avaient l'habitude de sortir des cantons du Briançonnais pour aller à la peigne du chanvre, en Dauphiné, dans différentes provinces française et même en Italie.

A Grenoble, la Corporation des peigneurs de chanvre était très importante. Il y avait une foule de petits producteurs qui cultivaient le chanvre :

- Ils le rouissaient (le rouissage avait pour but de détruire la matière gommeuse qui soude les unes aux autres les fibres textiles. il s'exécute en Immergeant les tiges dans de l'eau, ou en les exposant à l'action de la rosée nocturne, ou encore en les soumettant en vase clos à l'action de la chaleur humide).

- le teillaient ( ou tillaient  c'était débarasser de la teille (écorce du chanvre) la tige du chanvre),

- le filaient (jusqu'au milieu du XIXème, les paysans et les artisans du Dauphiné filaient le chanvre fixé autour d'une quenouille, à l'aide du Rouet, machine à roue mue au moyen d'une pédale.)

- le peignaient (travail qui consiste à faire passer un peigne avec unmouvement de va et vient, sur la surface du textile),

et le passaient à des tisserands prossesseurs d'un ou de plusieurs métiers, qui en fabriquaient la toile qu'ils repassaient directement aux paysans, pour leur usage, ou revendaient aux marchands de la ville la plus proche.

LA TOILE DE COTON

Dans la seconde partie du XVIIIème siècle, les sieurs Ruelle et Gondard, fondèrent à Valence une manufacture de toiles de coton. Cette Manufacture obtint le nom de Manufacture royale et avait alors une très grosse importance : soit en tout 1070 ouvriers et ouvrières.

A l'établissement de cette fabrique, les propriétaires eurent besoin de main d'oeuvre pour le filage du coton. Cela leur fut assez facile, dans une contrée où les femmes avaint toute leur vie filé la laine, il était plus facile et dispencieux de faire filer le coton.

En effet, il y avait plus à gagner à filer du coton que de la laine, la plupart des paysans délaissèrent cette dernière, beaucoup de femmes et presque toutes les filles préférèrent le coton, parce qu'il ne laisse pas de crasse aux doigts, tandis que la laine, qu'on et obligé d'humecter d'huile pour la peigner et la carder, laisse non seulement de la crasse, mais une odeur.

Au XVIIIème siècle, les principales fabriques de toiles de coton en Dauphiné sont :

CREST - BRIANCON - MONTELIMAR - VIENNE - GRENOBLE

Les principaux tissus de cotons portés à l'éploque du moyen âge dans nos Alpes étaient :

- Le bombasin : espèce de cotonnade qui tirait son nom de  bombace, coton.

- La fustaine, étoffe de fil et de coton , déjà très utilisée chez nous au XIIème siècle.

- la mollequin, ou mousseline de coton, destinée aux accessoires du costume et de la coiffure.

LES TOILES PEINTES

Nous arrivons enfin à la fabrication des toiles peintes, (celles employées dans l'ancien costume populaire dauphinois) 1780 à 1800.

mais ces toiles peintes se sont écoulées difficilement. A cela deux causes : le manque de numéraire occasionné par la disette des soies et la concurrence des manufactures étrangères.

.. Les établissements formés par des Suisses, à Mulhouse, en Alsace leur procurent les moyens de revêtir de l'empreinte nationale des toiles frauduleusement introduites.

Il apparaît que les frères Robert, à Bar le Durc, en Lorraine prêtent leur nom à toutes les manufactures de Suisse, soit de Genève, de Berne, de Bâle ou de Neufchâtel, et dont toutes les blanchisseries sont remplies de marchandises où la légende de Robert frère est imprimée.

Les Suisses, dans ces différentes villes, ont contrefait nos marques, et, au moyen d'un blancier qu'ils ont chez eux, leurs pièces circulent dans le royaume avec la marque nationale française.

"Le bas prix de la main d'oeuvre chez l'étranger empêchera nos fabriques de soutenir la concurrence".

En effet, pendant tout le XVIIIème siècle, venant concurrencer les fabriques françaises, des quantités de mouchoirs en toile peinte ou en indienne, des tabliers et des robes d'idienne (jupes et casaquins) envahirent le Dauphiné, venant de Sardaigne.

 

DENTELLES AUX FUSEAUX 

Une industrie qui fut très florissante, en Dauphiné, pendant tout le XVIIIème siècle, et même pendant une partie du XIX, fut celle de la dentelle aux fuseaux, qui servait à orner les coiffes des femmes, leurs fichus ou mouchoirs, leurs guimpes et leur bavolets. La dentelle aux fuseaux, que l'ont croit d'origine flamande, et qui pourrait aussi bien être d'origine vénitienne, prit naissance à quelle époque ?... Nous l'ignorons. Seuls des textes sûrs en font mention au XIVème siècle. Elle s'exécute, comme beaucoup le savent déjà, sur un petit métier très simple, qui prend le nom de coussin, carreau ou tambour, suivant la forme.

En Dauphiné, la forme était celle du tambour, dans le Queyras et la Vallouise et du coussin avec un petit tambour central à La Grave.

Les tambours du Queyras étaient très curieux, extrêmement variés, et certainement de très beaux spécimens de l'art populaire en Dauphiné.

Tambours sculptés du Queyras

Faits ordinairement de bois de mélèze ou de sapin, de forme ronde avec parties plates sculptées dessus et dessous, ils étaient creux et munis d'une petite porte qui permettait d'y introduire et d'y conserver les fuseaux dont on devait se servir pour faire la dentelle. Le pourtour était recouvert de drap sous lequel on plaçait une couche d'herbe séchée ou de paille fine, afin d'y pouvoir piquer debout les épingles qui fixaient, pendant le travail, les points de croisement des fils et qui servaient en quelque sorte de jalons pour diriger ces fils, à l'aide de piqûres, sur une bande de parchemin fixée sur le drap. Les fils étaient fixés par un bout sur le tambour, à l'aide d'épingles, et l'autre bout était enroulé sur de petits fuseaux en bois que l'ouvrière paysanne croisait et recroisait suivant divers procédés assez simples en eux-mêmes, puisque des petites filles de huit à dix ans y réussissaient, mais qui, malgré tout, demandaient une grande dextérité de doigt.

C'est le XVIIIème siècle qui nous a laissé les plus beaux échantillons de tambours sculptés par les paysans, et dont quelques uns sont de véritables petits chefs-d'oeuvre.

Pour la plupart, ils portaient le nom ou les initiales de leur propriétaire, la date de leur fabrication et quelquefois une maxime.

Pour travailler à la dentelle, l'ouvrière du Queyras ou de la Vallouise posait son tambour sur un support à quatre pieds, sur lequel il pouvait pivoter.

Les femmes du Queyras, dès le milieu du XVIIIme siècle, ont fabriqué ces dentelles pour orner leurs coiffes, mais avec des fils assez gros, ce qui ne leur permettait pas d'exécuter des dessins compliqués, mais qui mettait ces réseaux plus plats que ceux de la dentelle à l'aiguille, moins chargés, mais plus souples en harmonie avec le tissu de la coiffe elle-même.

En Vallouise, en plus des fils de chanvre ou de lin, les montagnardes se sont souvent servi des crins de leurs mulets ou de leurs chevaux pour l'exécution de leurs dentelles. Ces fils sont en général plus beaux, plus fins et plus larges que ceux du Queyras et de la Grave.

A la Grave, qui fut, au xvIIIème siècle et dans la première moitié du XIXème, un centre dentelier, la dentelle aux fuseaux se fabriquait sur un coussin de forme rectangulaire, aux grands côtés légèrement incurvés, revêtu d'une feuille de parchemin au milieu duquel pivotait un très petit tembour en paille recouvert de drap.

Le coussin se posait sur les genoux pour travailler, quant aux fuseaux dont se servent encore les dentellières, c'étaient de petit bâtons de bois dur, quelques uns étaient sculptés, de 5 à 6 pouces de long, munis à l'une de leurs extrémités d'un rebord saillant destiné à maintenir le fil et à l'empêcher de s'échapper, et à l'autre, d'une partie renflée arrondie qui se tenait en main.

Fuseaux de bois sculptés

Tels sont les renseignements, que donne Monsieur DELAYE dans son livre, sur la fabrication et la variété des tissus et dentelles qui s'employaient autrefois en Dauphiné, dans le costume populaire.

 

 

 

 

21 mai 2012

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné : Suite

CHAPITRE VI

LES BIJOUX

Qui a dit qu'on ne devait pas porter de bijoux avec son costume ????? Ce sujet prête toujours à discussion quand on est novice et que l'on rentre dans un groupe folklorique qui se prétend être le plus authentique possible, (je sais de quoi je parle)... et bien si, nos aiëules étaient très coquettes, mais attention pas n'importe quel bijou ..... 

Le complément naturel de la toilette féminine a été, de tous les temps, le bijou. Dans nos Alpes dauphinoises, ceux les plus répandus étaient la croix et le coeur d'or, retenus ordinairement par un ruban de soie ou de velours formant collier et clos sur la nuque par un fermoir également en or. L'argent n'était porté que par les paysannes pauvres.

BriquetsCes bijoux, nationaux pour ainsi dire, épousaient des formes et des décorations diverses selon les régions. Des anneaux d'or suspendus aux oreilles ou de grandes boucles, de forme spéciale, appelés briquets, complétaient la parure.. les bijoux s'offraient, en général, le dimanche qui suivait la demande en mariage, et le futur conduisait sa belle aux accords dont le présent habituel était une croix d'or.

 

Le jour du mariage, il donnait la bague d'or, dite de pucelage, représentant primitivement un coeur, courronné ou non, tenu par deux mains, et plus tard, au XIXème siècle deux mains seulement s'étreignant.

Baques d'or dites de pucelage (Mariage)

Dans le Grésivaudan et le Viennois, la croix était trilobée et ajourée à chacune de ses extrémités et portait un Christ fondu en relief et quelques dessins gravés naivement sur le corps de la croix. le revers en dehors des mêmes gravures, ne comportait rien, alors que la croix de  Chambéry, qui  lui ressemblait de forme portait à son revers une vierge debout.

 

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Le coeur était toujours uni et quelquefois à rebord plat. Quant au fermoir, le modèle le plus répandu était de forme rectangulaire, orné au centre d'un soleil.

Quelquefois le soleil était remplacé par d'autres motifs décoratifs, et souvent surtout au XIXème siècle, par des fleurs sur fond champlevé et émaillé.

Le ruban était de velours et ordinairement noir, et parfois orné sur le tour du col par des médaillons ou plaques en or, et le fermoir était réservé aux femmes mariées.

Dès le commencement du XIXème siècle, le velours fut quelquefois remplacé par une chaîne d'or et vers le milieu de ce même siècle cédant à la mode des villes où les bijoux en cheveux étaient en grande vogue, les montagnardes arborèrent des chaînes ou des rubans faits de cheveux auxquels elles suspendaient leurs "affutiaux," expression très usitée dans nos montagnes pour désigner les bijoux et accessoires du costume ; on disait encore "Affiquets".

Dans les massifs de l'Oisans, du Trièves et du Vercors, les paysans aisés ornaient le cou de leurs femmes d'assez jolis colliers faits de plaques d'or, ovales de préférence, avec motifs gravés, émaillés ou repoussés, réunies par des chaînes jaseron formant de gracieux baldaquins...

Quant aux bagues, en dehors de celles de mariage qui étaient d'un type déterminé et symbolique, de nombreux modèles ont vu le jour en Dauphiné, et les quelques specimens qui figurent à la planche ci-dessous en donneront une idée plus exacte qu'une longue explication.

croix forme bâton Basse IsèreDans la région de la basse Isère, qui s'étend du Bec de l'Echaillon aux portes de Romans, et qui forme actuellement l'arrondissement de Saint-Marcellin, se portait une croix différente de celle du Grésivaudan. Les bras étaient ronds (ce que l'on appelle la forme bâton), terminés à leurs extrémités par une boule surmontée d'une petite pointe conique, et la bélière habituelle étint remplacée par un anneau fixe, ovale et plat, qui ressemblait assez à la tête d'une aiguille à coudre, et dans l'ouverture étroite et longue de laquelle on passait le ruban destiné à la suspendre au cou.

Dans la partie du Haut Dauphiné qui comprend actuellement les Hautes-Alpes, on pouvait répartir les formes des bijoux en trois principales régions, à savoir :

1) Le Gapençais y compris l'Embrunois, le basssin du Buech, le Serrois et le Dévoluy.

2) Le Briançonnais, Queyras.

3)  La Vallouise avec le Champsaur et le Valgaudemar.

Dans le Gapençais, avec le coeur à rebord plat dans lequel passait un ruban de soie de couleur souvent rose ou verte, les croix étaient fort simples, en or, plates, agrémentées de peu de gravure et sans Christ, et avaient leurs extrémités terminées par un ornement à peu près en forme de trèfle.(Ci-dessous les croix du Gapençais)

Croix du Gapençais aux extrémités ornement en forme de trèfle

Dans le Briançonnais, le coeur était ordinairement mouluré et fleuri, c'est-à-dire ornementé de fleurs gravées et frappées, et les croix de modèles peu variés de forme, mais avec une infinité de motifs centraux gravés qui allaient du Saint-Esprit à l'ornement géométrique, en passant par les pensées et les roses, ainsi que ceux gravés sur les extrémités de leurs bras.

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Le ruban était semblable à ceux du Gapençais, mais était remplacé par une chaîne d'or, quand, à la place du coeur, les paysannes y plaçaient des motifs rectangulaires soit repoussés, soit gravés ou émaillés.

Les anneaux d'oreilles et les "briquets", ainsi que les bagues de pucelage ou d'ornement étaient à peu près les mêmes que celles du Grésivaudan et du Viennois. En Vallouise, enfin , même croix simple que dans le Gapençais, mais avec des extrémités plus ornementées.

Vallouise

Dans toute cette partie du Haut Dauphiné qui était une région assez pauvre, le collier à plaques d'or réunies par des chaînes, n'existait pas. Par contre dans certaines régions du Haut-Dauphiné et principalement en Vallouise, les femmes avaient l'habitude d'accrocher à leur ceinture,  de lourdes chaînes d'argent destinées à suspendre leurs ciseaux et leurs clefs.

Un bijou très spécial et qui ne se portait qu'à La Grave et dans ses environs immédiats, était un crochet en argent, à tête ajourée et ornementée, qui se cousait derrière le col de la robe et servait à y passer le ruban de la croix et à l'y maintenir, pour éviter qu'il ne remontât vers les cheveux.....

Parmi les principaux fabricants dauphinois de cette première moitié du XIXème siècle, il faut citer, à Grenoble, les maîtres Colin et François Delaye, et, à Briançon, le maître Salle ....

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné d'Edmond Delaye 1922

 

A suivre dans un prochain message : les Bijoux en Cristal de roche et en Variolite.

 

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22 mars 2012

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné .... aujourd'hui, les HAUTES-ALPES

Comme je vous l'avais promis dans mes articles précédents, au fur et à mesure que je poursuis ma lecture des chapîtres sur "Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné", je vous en fait profiter. Ce livre est d'une grande richesse et je ne sais comment remercier l'auteur : Edmond DELAYE de nous avoir laissé cet ouvrage et aussi et surtout la personne qui me l'a donné.

 

CHAPITRE IV : LES HAUTES ALPES

Les Hautes Alpes étaient la plus montagneuse des régions du Dauphiné. Les moyens de pénétration et de communications étant les plus difficiles, les costumes locaux se sont portés plus longtemps.

Le vêtement des hommes se composait d'une ample veste à larges basques faite de gros drap vert, brun, gris ou marron qui descendait au dessous des jarrets, d'une culotte ordinairement de même drap et de même couleur. Vers 1840, le pantalon avait déjà remplacé la culotte et devenait de plus en plus commun dans les Hautes-Alpes. - Des souliers énormes et ferrés, un châpeau ou un bonnet.

Le costume des femmes était généralement fait d'une robe de drap noir, d'un bonnet ou coiffe de drap ou de toile sans ornements, et aussi d'énormes souliers ferrés.

La grossièreté des étoffes qui servaient à confectionner l'habillement des deux sexes et qui portaient habituellement les noms de Cordelia ou de cadis étaient fabriqués dans les ménages avec des laines du pays.

Presque partout, durant les longs hivers, chaque famille avait sa veillée particulière pendant laquelle, à la lueur d'une lampe peu flamboyante appelée "creijor" et qui rappelait la lampe romaine, les hommes réunis dans l'étable, tillaient le chanvre en racontant des légendes gracieuses ou terribles, tandis que les femmes le filaient pour en faire la toile de leurs chemises ou la dentelle de leurs coiffes. Elles filaient aussi la laine de leurs brebis d'où sortait le drap nécessaire à la maison.

Le département des Hautes-Alpes était divisé en trois grandes régions correspondant aux trois arrondissements :

  • Le Gapençais : la région de Gap - le Valgaudemar - le Dévoluy - le Serrois.
  • Le Briançonnais : la région de Briançon - le Queyras - La Vallouise - La région de la Grave.
  • L'Embrunois : la région d'Embrun - le Champsaur - Ceillac

I. LE GAPENCAIS

Dans le Gapençais, le linge que portaient les montagnards était fait avec le lin ou le chanvre qu'ils avaient recueillis, et les vêtements avec la laine de leur brebis.

Leur trousseau se composait ordinairement de deux chapeaux, deux paires de souliers, deux vestes, deux gilets, deux culottes, deux paires de bas, une paire de guêtres. Le plus vieux de leurs vêtements servait aux jours de travail, et le moins usagé, les dimanches et fêtes.

En 1789, la dépense annuelle  de l'habillement d'une famille composée du mari, de la femme et de deux enfants, étaint d'environ 75 francs, en 1802 de 100 francs et en 1835, d'au moins 150 francs.

Si au jour d'une fête ou de leur mariage, ils se donnaient un habit fin, c'était un meuble pour la vie qui, souvent même, servait à deux générations.

Depuis l'époque gauloise, les paysans de cette région ne se coupaient point les cheveux ; Ils les portaient encore vers 1850 presque dans toute leur longueur, flottant sur les épaules.

Au milieu de ce XIXème siècle qui, avec le progrès, devait être le tombeau de presque tous les anciens costumes provinciaux, dans les communes peu importantes, les ruraux, aux jours de mauvais temps, arboraient déjà le grand parapluie de couleur voyante, et aux grands jours se coiffaient du chapeau de soie de Lyon qui leur coûtait 8 francs. Les jeunes filles vont délaisser coiffes et bonnets,  et orner leurs têtes du grand chapeau de paille de riz, réalisant ainsi le portrait imaginaire de la "Bergère des Alpes".

Région de Gap : Napoléon 1er qui passa à Gap les 5 et 6 mars 1815, à son retour de l'Ile d'Elbe, y fut hébergé par l'aubergiste Marchand, et nous possédons un portrait de sa femme, Mme Marchand qui nous donne la forme des bonnets de cette époque, faits de tulle uni ou brodés et bordés d'une dentelle ou de tulle plissé, portés alors par toutes les matrones de la localité.

Gapençais (Epoque Premier Empire)

Le Musée de Gap possède un médaillon de marbre et un de plâtre exécutés par le sculpteur Jean Marcellin de Gap, qui nous montrent ce qu'était dans le Gapençais, vers 1840-1950, la forme de la coiffe - ci-dessous :

Coiffures de Gap

 

Le Serrois : Dans la vallée du Buech, d'Aspres à Ribiers, en passant par Serres, le même bonnet se portait, quelquefois agrémenté de rubans et la robe était ornée, vers sa base, de trois rangs de velours mis à plat, et d'un rang, vers l'extrémité de chaque manche. (pl.XXI)

 

II. LE BRIANCONNAIS

 

Le Briançonnais qui comprend toute la partie Nord-Est du département des Hautes-Alpes est la région la plus montagneuse en haute-Altitude de ce département. Limitrophe de l'Italie, il a toujours été en difficile communication avec les autres parties du Dauphiné et avec la France. Aussi y a-t-il existé une très grande variété de costumes, et aujourd'hui encore, on y rencontre chez les femmes beaucoup de coiffes de forme très diverses.

Au XVIIème et XVIIIème siècles, dans les environs proches de Briançon, les hommes portaient une veste à basques larges mais fort courtes, faite de gros drap blanc, avec une culotte de même drap, et, par distinction, d'un gilet de couleur verte. Ils étaient coiffés d'un énorme bonnet de laine rouge (fabriqués  Saint Chaffrey, par les sieurs Giraud et Rey) qui coûtaient 20 sous et portaient de gros bas de laine ou des guêtres. Les jours de fête, ils s'endimanchaient avec un habit à taille carrée et une cravate noire.

Les femmes portaient la camisole ou casaquin de drap grossier, parements pendants, et dont la manche ne venait qu'au milieu du bras. La camisole y était bordée, ainsi que le haut de l'épaule et de la taille, par des rubans de fil bleu et plus ordinairement vert.

Sous la jupe courte, des poches en cuir étaient attachées à la ceinture ; leurs souliers bas étaient ornés de boucles en cuivre, en fer ou en argent, et leurs talons, surtout vers la fin du XVIIIème siècle et pendant le XIXème étaient hauts de deux pouces.

Les paysannes, en été, portaient sur leurs coiffes, des chapeaux de grosse paille jaune, et, près de Briançon, des chapeaux noirs en feutres à larges bords rabattus, pour les protéger du soleil ou de la pluie.

Au XVIIIème siècle, apparut dans cette contrée, comme dans toutes les Alpes, la mode du fichu ou petit châle que les paysannes portèrent comme les autres dauphinoises.

Les plus anciens étaient en lainage ou en soie de couleurs brune, vieux rouge ou feuille morte. les uns étaient tissés, les autres imprimés, d'autres brodés à la main, d'autres encore en soie brochée. Une paysanne aisée en avait vingt-cinq ou trente dans son trousseau, y compris un noir en cas de deuil.

fichus

Trois plis épinglés, vers la nuque permettaient aux femmes de s'orner le col d'un collier de velours attachant coeur et croix d'or sur leur poitrine.

Le tablier sans bavette, qui s'appelait "faudier" faisait également partie du costume féminin. Il était en lainage plissé à la ceinture et en général de couleur sombre. Au XVIIIème siècle il était surtout en soie uni à reflets, genre dit gorge de pigeon. Mais la partie du costume la plus variée et la plus pittoresque a été la coiffure des femmes.

A Briançon, la coiffure du XVIIIème siècle tenait un peu de la coiffe boulonnaise, mais formant une auréole moins développée sur les côtés. Elle était faite de dentelle ou de tulle noir brodé, soutenue par une monture rigide et gauffrée à plis partant du centre en rayons.

Sous le premier Empire et jusqu'à la Restauration, la coiffe se tranforma. la calotte s'élargissant déborda la passe frontale assez large qui, descendant jusqu'aux épaules, releva gracieusement ses extrémités, en formes d'ailes et prit alors le nom de cornette.

Cette passe , comme toute la coiffe faite ordinairement de toile de lin, était assez souvent recouverte de tulle gauffré ou plutôt tuyauté à l'aide d'une aiguille à tricoter et garnie, sur les bords d'une dentelle. Ces tuyautages, assez petits et forts nombreux, s'obtenaient facilement, dans les Hautes-Alpes, de cette autre manière :

la coiffe lavée et presque sèche, la montagnarde entrait dans chaque tuyau de tulle, un brin de grosse paille, et quand tout était garni, y passait rapidement le fer chaud. Il ne restait plus qu'à retirer les pailles.

Jusqu'en 1850, l'usage de cette coiffure à ailes continua, mais en abaissant progressivement la calotte qui arrivait à faire suite, sans saillie, à la passe frontale. Voir le modèle ci-dessous.

Les jours fériés, les femmes l'ornaient d'un ruban de couleur voyante qui se nouait sur le front, rapplant assez le fameux noeud à la "Fountanjo" qui fut en si grande vogue aux XVII et XVIIIème siècles. De 1830 à 1850, la coiffe que l'on appelle encore aujourd'hui la cornette et que les vieilles femmes aux alentours de Briançon portent toujours, fit son apparition et se transforma petit à petit pour donner le type actuel.

 

 Briançonnais XVIIIème siècle

 La cornette en patois la cornetto ou corneto était faite avec de la mousseline ou de la toile et du coton intercalé. on y crayonnait les dessins que l'on désirait y faire figurer, on la brodait et on la piquait à la main, aujourd'hui à la machine (voir ci-dessous).

Femme de Briançon au Rouet

Ci-dessous la coiffe portée par un groupe folklorique de Briançon :

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Elle se composait de trois pièces et les rubans d'attache ou de serre-tête étaient en toile fine. les dimanches et jours de fête, les femmes l'ornementaient de rubans de couleur, ordinairement en soie, et l'appelaient alors "cornette garnie".

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Chaque femme possédant de trente à quarante cornettes, en changeait chaque dimanche et les lessivait, deux fois par an, au printemps et à l'automne.

En 1914, la confection d'une cornette coûtait 3 francs de façon environ. et revenait en tout, dans les 5 à 6 francs.

Dans les environs de Briançon, il est à remarquer divers types de coiffes dont certains se portent encore, tel le bonnet en piqué léger de Saint-Martin de Queyrières à calotte ronde coulissant à la base, munie à l'avant d'une passe frontale saillant vers le sommet. les femmes en deuil le portaient en noir, et comme à Briançon, et presque dans toutes les Alpes, les veuves s'entouraient la tête d'un petit mouchoir blanc, une pointe tombant sur la nuque et les deux autres nouées sur la menton.

La coiffe en tulle et en dentelle, la collerette plissée, le fichu de mousseline à pois bordé de dentelle, le coeur et la croix suspendus au velours traditionnel, le tout sur une robe d'un beau vert émeraude, voilà ce que le Musée de Gap nous a conservé du costume de Névache de la fin dU XVIIIème siècle avec le portrait de Mme PEYROT ci-dessous :

Briançonnais Région de Névache Fin XVIIIème

 

LE QUEYRAS : Suite à ma semaine de vacances l'été dernier dans le Queyras, je vous ai déjà parlé de ce costume et de ses coiffes.

Les Queyrassiens acculés et isolés à l'une des extrémités du Dauphiné, se suffisaient pleinement à eux-mêmes, et des besoins si restreints qu'ils leur laissaient ignorer l'usage du coton et du chanvre. Ils avaient, comme en Vallouise, des draps en peau de chèvres qui servaient une année complète sans lavage.

PERNES LES FONTAINES 11 SEPT 2011 194 - Copie (2)Le vêtement national des hommes se composait, au XVIIIème siècle, d'un habit carré et large, taillé en sifflet, d'un long gilet et d'une culotte dont les genoux étaient recouverts par les bas, Ils portaient de grands chapeaux rabattus et le Tricorne, les jours de fête, sur leurs cheveux longs et flottants.

Les femmes portaient un costume fort simple, soit fait d'une seule pièce, taille et jupon tenant ensemble, en laine noire ou sombre, soit composé d'un corsage aux couleurs vives et d'une jupe courte et plissée en drap, ce dernier depuis la Révolution. Leur tablier était souvent vert et leurs fichus de toutes couleurs, mais surtout des dessins rouges, lie de vin ou bleus

Elles portèrent successivement plusieurs formes de coiffes, et on en connait une assez grande variété.

Saint-Véran, le plus haut et le plus pittoresque village de France, et dont l'église est à 2 050 mètres d'altitude, est situé dans la vallée de l'Aigue Blanche.

Le coiffe de ce lieu se fit tout d'abord, aux XVII et XVIIIème siècles, en grosse toile. Elle entourait la tête, avait un fond plat plissé à la base à l'aide d'une attache coulissante qui était dressée sur un très petit métier portatif ; et était pourvue à l'avant, d'une passe qui recouvrait le front et descendait vers les oreilles, en formant comme un volant onduleux qui se terminait en bavolet sur la nuque comme ci-dessous :

  Femme de Saint-Véran (XVIIème siècle)- d'après Pastel

 Une de ses formes les plus anciennes que l'on connaisse était celle dans laquelle la passe frontale s'allongeait aux deux extrémités jusqu'à descendre au-dessous des seins. les paysannes les garnissaient habituellement de dentelles fortes qu'elles fabriquaient elles-mêmes à la veillée, à l'aide d'un tambour et de petis fuseaux. Nous en reparlerons au chapître V.

LE Queyras Région de Saint-Véran

 Les veuves portaient la même coiffe de toile de lin, mais la dentelle était remplacée par un bord de mousseline unie, de même largeur, mousseline qui fut petit à petit, d'abord plissée, puis brodée. Malgré tout, la coquetterie ne disparaissait pas avec le défunt. Ces parties longues et pendantes de la coiffe que j'appellerai "barbes" étaient parfois fort gênantes, quand la femme vaquait  à des travaux de ménage ou des champs. Elle les relevait alors habituellement par trois fois, en les épinglant.

De nos jours, les vieilles Véranoises portent encore un bonnet ordinairement noir (voir ci-dessous) qui se rapproche de la cornette du Champsaur et des bonnets de la Grave et d'Arvieux, et que l'on appelle communément "béguin" comme dans la Vallouise.

 

 Femmes de Saint-Véran XIXème siècle

Les Jeunes filles le portent en dentelle blanche avec bord ruché.

A Arvieux, près de Fort Queyras, la coiffe était ordinairement noire et ronde, avec le bord tuyauté ss'arrondissant vers les oreilles et formant un court bavolet en arrière. Ce village était un centre protestant, comme Brunissard, et les femmes portaient au cour la croix huguenote.

La naissance d'un enfant y était fêtée par un repas appelé en patois "la beuveugno" et, parmi leurs cadeaux, le parrain et la marraine offraient à leur filleul, un bonnet en soie de couleurs voyantes et variées et une cravate. Vous en apercevez sur la planche ci-dessous :

 Bonnets, Coiffes et Capelines du Haut-Dauphiné - Musée de Gap (Cliché Mounier)

A propos de ces bonnets de couleurs qui se portaient dans tout le Queyras et, spécialement à Saint-Véran, Fontgillard, Ceillac ... la forme en était différente, selon qu'il étaient destinés à un garçon ou à une fille. Pour les garçons, le bonnet était fait de deux pièces avec fond plat ; pour les filles, de trois pièces, le fond arrondi. Les deux sexes les portaient jusqu'à l'âge de dix à douze ans. On en a vu encore à Saint-Véran, sur des têtes d'enfants, en 1910.

Une petit histoire  de plume au chapeau :

(je suis surprise de retrouver cette histoire dans ce livre, car un Monsieur d'un groupe folklorique ami, du Briançonnais me l'a racontée, alors que je lui ai demandé pourquoi il portait une plume à son chapeau.... (c'est un institueur à la retraite ...) Forcément, vous allez comprendre pourquoi :

Il était aux siècles derniers, une coutume au Queyras qu'il est intéressant de faire connaître au lecteur qui peut l'ignorer.

Des villages haut-alpins descendaient assez nombreux à l'entrée de l'hiver, de jeunes montagnards qui, la plume au chapeau, en signe de leur vocation littéraire, s'en allaient de part et d'autre, en France et en Savoie, se vouer à l'enseignement. En effet, avant la Révolution, les habitants du Queyras étaient assez instruits, car, presque dans chaque commune, il y avait un instituteur salarié par celle-ci, et qui donnait des leçons dans les familles qui le lui demandaient moyennant logis et repas.

Donc, ces jeunes gens, après de suffisantes leçons, au moment de s'expatrier pour aller à leur tout enseigner hors de leur montagnes, ornaient leur chapeau d'une plume à écrire, s'ils enseignaient à lire et à écrire ; deux plumes s'ils savaient le latin ; de trois, s'ils pouvaient montrer l'arithmétique, etc ... mais il était fort rare d'en recontrer qu en aient plus de trois ...

Arrivés dans les régions choises par eux, ils se présentaient avec leurs habits grossiers, dans les foires importantes de l'automne, se promenaient dans la foule, au milieu des  bestiaux et se louaient pour l'hiver, moyennat un prix convenu. Ils surveillaient les enfants, leur donnaient de nombreues leçons pendant tout le cours de la journée, et dans les intervalles, rendaient à peu près autant de services que des domestiques à gage ; et pour tant de peine, ils recevaient un salaire si léger qu'on en est surpris.

A la fonte des neiges, ils revenaient dans leur pays natal, avec quelques écus qui payeaint une partie de leurs impôts, et ils travaillaient à la terre pendant toute la belle saison.

Je vous présente "les plumes du savoir" :

Les plumes du savoir

 

LA VALLOUISE :

 A l'Ouest du Queyras, c'est le massif montagneux de la Vallouise avec sa courte et profonde vallée arrosée par la Gyronde qui descend en grondant du massif du Pelvoux (3762 m d'altitude). C'est une contrée assez en dehors du grand chemin de communication de laDurance.. assez en retard sur le progèrs et plutôt pauvre.

Les costumes sont semblables à ceux des Hautes-Alpes. Les fichus de toile grise étaient bordés d'une filoche et les bas étaient vert clair.  Seule la coiffe avait une forme particulière, mais celle-ci se modifia et vers 1830-1840 elle fut remplacée par le bonnet-béguin, très proche de la cornette actuelle de Briançon, mais dont l'avant orné d'une pointe qui descendait vers le sommet du front, rappelait l'avant des "frontières tarines" de la Savoie.

 

 III.  L'EMBRUNOIS

 

La Région d'Embrun : Dans la région d'Embrun, nous notrerons le Tricorne pour les hommes jusqu'au premier Empire, et à partir du XIXème siècle, le grand chapeau variable de forme selon les époques. Pour les coiffes des  femmes, la partie entourant le visage était tuyautée et comme sur la cornette actuelle de Briançon, les deux bouts de l'attache qui sertait à serrer la coiffe sur la nuque remontaient sur le sommet de la tête où on les y attachait par un noeud bouclé.

Pour se protéger du soleil, les femmes portaient sur leur coiffe un chapeau dont la forme la plus typique est celui que vous voyez sur la gravure ci-dessus : la calotte assez haute, et dont le bord court derrière la tête pour laisser passer le chignon s'allongeait beaucoup sur le devant.

Le champsaur : Région pauvre plus au Nord de l'Embrunois. La dernière coiffe portée un peu plus façonnée que les plus anciennes ressemble beaucoup à celles du Queyras et du Briançonnais, mais nous trouvons un bavolet sur la nuque et un bourrelet ou un tuyautage autour du front, jusqu'à l'extrémité inférieure des oreilles. Les robes des femmes étaient en général de couleurs sombres, assez souvent noires et quelquefois vert foncé.

Ceillac : Quoique géographiquement , Ceillac fasse partie du massif du Queyras, ce village et sa vallée étaient compris dans l'arrondissement d'Embrun.

Pour l'homme ce fut comme dans toutes les Alpes, l'habit à la française, la culotte, les bas et le tricorne remplacé, au milieu du XIXème siècle par le chapeau monté et, pour le travail, le bonnet pointu de laine rouge sous le grand chapeau qui garantissait du soleil.

La Ceillaquine portait une robe d'une seule couleur, ordinairement "oseille cuite", la taille assez haute,  les manches se terminant de suite au-dessous du coude, avec un large revers bordé en haut et en bas d'un ruban vert de préférence, ainsi que le bas du jupon qui était long et fort ample. Le tablier sans bavette était du même ton que la robe et recevait dans sa ceinture les deux pointes de devant d'un fichu ordinairement rouge, quelquefois agrémenté d'ornements bleus, verts ou jaunes .

La couleur de la robe et le nombre de rubans la bordant, variaient selon que ce costume était porté par une jeune-fille, une femme mariée ou une veuve.

La coiffe traditionnelle était faite de toile de lin, avec calotte ronde horizontale à fond presque plat, entourée d'un ruban rouge et ornée à l'avant d'une large auréole plissée en éventail qui encadrait fort joliment le visage et qui était quelquefois bordée d'une dentelle forte faite aux fuseaux, comme en Vallouise et à Saint-Véran.

 Le Queyras (Région de Ceillac) XVIIIème siècle

Comme dans certaines parties de la Savoie et dans presque toutes les communes du Queyras, les bonnets d'enfants étaient fort curieusement faits de soies variées, aux couleurs crues et voyantes.

L'auteur termine ce chapître en joignant ses regrets à ceux de l'artiste Emile Guigues qui écrivrait en 1875 :

" Rares, rares les vieilles culottes, les longs et imposants habits, les anciens types ; disparus complètement les majestueux chapeaux à cornes que nous admirons encore il y a une vingtaine d'années. Car le maire Fournier n'est plus là pour arrêter et le luxe et les innovations.

Parler de Ceillac, sans parler du maire Fournier, ce serait raconter Séville, sans parler de la Giralda.

"Un type celui-là, datant de l'organisation des communes - décembre 1789 - et ayant régi la sienne, comme Bonaparte régissait alors la France, avec une autocratie sans limite ; réunissant dans sa main tous les services : administration, plolice, cultes, surveillance des moeurs et jusquà la direction générale de la mode ... oui, oui de la mode - en ce sens qu'il voulait conserver, avec un soin jaloux, le costume pittoresque du pays, n'admettant aucune modification et réfrénant la moindre expansion de ruban ...

"Et quelle belle prestance : grand, fortement charpenté ; splendide sous son grand habit à la française, son chapeau colossal et sa longue canne à pomme d'ivoire et portant fièrement sa décoration de la Légion d'honneur, accordée par le gouvernement de Louis-Philippe.

"Et j'ai écrit tout cela, afin que l'art populaire, la gaîté colorée et le charme pittoresque de ces vieux costumes ne soient point oubliés".

Je rappelle le nom de l'auteur :

 Edmond Delaye qui a dédicacé l'ouvrage (que j'ai la joie de possèder aujourdh'ui) 

 

 

 

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12 janvier 2012

Les anciens costumes des Alpes : Troisième chapître

Les fêtes sont passées, le sapin défait, le train train quotidien a repris son cours. Je retrouve un peu de temps pour la lecture. Je vais donc vous faire partager ma lecture sur les costumes des Alpes. J'en étais au Chapître III où l'auteur nous présente l'Isère.

Jusqu'en 1789, le département de l'Isère se divisait en deux grandes Régions : Le Grésivaudan et le Viennois.

LE GRESIVAUDAN

Les habitants du Grésivaudan qui englobait presque tout le massif de la Chartreuse, une partie des Grandes Alpes et qui s'étendait jusqu'aux portes de Gap, adoptèrent vers le commencement du XVIIIème siècle, un costume qui, sauf quelques modifications insignifiantes, fut définitif et ne disparut complètement que vers 1870.

COSTUME DE TRAVAIL CHEZ LES HOMMES :

- un gilet

- une large ceinture de couleur qui retenait un vêtement ressemblant au haut de chausses et qu'on appelait brayes. (en drap gris ou brun)

- des bas ordinairement de laine et des galoches (souliers garnis d'une semelle de bois qui étaient déjà en usage chez les gaulois, ou de forts souliers cloutés complétaient l'habillement. Les longs bas de laine ou les guêtres de peau montant jusqu'au milieu de la cuisse étaient retenus un peu au-dessous du genou par des jarretières sans bouts pendants et, en général de laine rouge. (sauf dans le massif d'Allevard où elles étaient de couleur bleue)

Le paysan travaillait souvent la tête nue ou la recouvrait soit d'un bonnet de laine, soit d'un chapeau de feutre ou de paille à larges bords, et quelquefois des deux l'un sur l'autre.

- la bliaud qui avait fait son apparition dès le IXème siècle est sous la forme que nous lui connaissons, adoptée par nos montagnards, comme vêtement pratique et de protection : La blouse en toile bleue bordée de blanc sur les coutures.

Les jours de fête, le paysan revêtait une longue veste assez ample, qui ne se boutonnait pas et descendait jusqu'à mi-cuisse, les manches étaient larges et portaient de longs parements garnis de boutons. Elle était en général en drap gris, mais quelquefois en velours olive. Il mettait un gilet croisé, détoffe de couleur voyante à longues basques. le montagnard échangeait ses souliers grossiers ou ses galoches de travail contre des souliers bas et plats, à patte montante sur le coup-de-pied et ornés de grosses bouches de cuivre, quelquefois d'acier ou d'argent. Comme coiffure sur des cheveux longs épars, le chapeau tricorne et plus tard après la Révolution le chapeau rond à grand ailes.

LES VETEMENTS DES FEMMES :

faits d'abord de lainages unis de couleur sombre ou d'indienne, il prirent des tons vifs et tranchants au XIXème siècle.

Ils se composaient :

- d'un jupon large à plis formant un bourrelet autour des hanches et s'ouvrant devant.

- un corsage de même couleur, de façon simple, à basque courte, les manches longues, assez amples vers l'épaule et étroites vers le poignet, avec ou sans revers.

- La jupe et le corsage tenaient parfois ensemble avec une ceinture serrant un peu la taille. Vers le milieu du XIXème siècle on peut voir des corsages à fleurs. Ces vêtements étaient faits en général d'étoffes fabriquées sur les lieux mêmes. C'était de grosses ratines et des toiles de fil et laine ou de fil et coton, quelquefois le tout mélangé. : tridaine, cotonne et droguet.

Sur cette robe, les paysannes mettaient un tablier à bavette. D'abord appelé "garde-robe" au XIVème siècle, puis devantier, il s'appelait couramment en patois local, "foudar, fouda ou fôda". Il était fait en toile d'idienne ou de cotonnade dite futaine ou fustaine, étoffe fabriquée et usitée depuis le XIIème siècle, au commencement du XIXème siècle il se fait en étoffe de limoges rouge, uni ou à petites raies noires.

Les dimanches et jours de fête, ce tablier était en soie noire ou puce. Il descendait jusqu'au bas de la robe, et la bavette étaint fixée aux deux côtés des seins par une épingle.

Cet ensemble se complétait d'un châle appelé mouchoir ou fichu, de matières diverses selon les époques, les jours, les saisons, les lieux ou la richessse de sa propriétaire. ce fiche carré d'un mètre de côté environ était posé en pointe et pour éviter qu'il remonte dans le cou, les femmes avaient soin d'y faire trois plis qu'elles épinglaient, ce qui dégageait l'encolure et pertmettaint un décolletage en pointe. laissant la place au velours noir qui, entourant la gorge et passant à travers le coeur d'or, venait retenir la Croix du Grésivaudan aux extrémités trilobées et ajourées que l'on appelait communément croix dentelle ou croix Jeannette.

La coiffure des paysannes était le signe distinctif de chaque région et parfois d'une commune. 

Si l'ensemble du vêtement était à peu près unique dans toutes nos Alpes du Dauphiné, par contre la coiffure était extrèmement variée de formes et de genres.

Celle du Grésivaudan, en général s'appelait Calette : elle ressemblait assez, par sa hauteur et sa forme élargie vers le somemt à une mître d'Evêque et avait, comme elle deux barbes descendant vers les épaules.

Elle composait d'un bonnet simple et sans ornements, en piqué ou en étoffe ferme, avec passe forntale cousue. puis ...

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 Pendant l'hiver, le neige et le froid obligeaient les paysans à se couvrir... Ils portaient de grands manteaux. Celui des hommes était une grande pèlerine avec ou sans capuchon, espèce de longue houppelande,  comme on en voit encore sur nos bergers alpins (la cape de berger) et les femmes s'enveloppaient de châles plus grands et plus chauds et quelquefois d'un ample et long manteau à capuchon, en drap ou en indienne et bordé ordninairement d'une garniture en chicorée. Vers 1840, elles appelaient ce vêtement : mantille.

 

LE VIENNOIS

Les paysans des deux sextes de cette contrée portaient des vêtements à peu près semblables à ceux du Grésivaudan. Seules les coiffures des femmes étaient différentes. J'ai noté deux particularités :

I. Le chapeau. Sur un bonnet blanc de toile ruchée chez les jeunes filles et de taffetas noir pour les femmes mariées ou veuves, se posait un grand chapeau de paille de blé tressée à la main dans le pays et assez grossièrement, dont les bords, courts derrière, formaient devant une auréole presque verticale. La calotte haute était entourée, à sa base, par un ruban de velours noir dont les deux bouts pendaient sur les épaules, et ornée de rectangles du même velours qui remontaient à intervalles réguliers jusqu'à mi-hauteur. Ces rubans étaient fixés avec des épingles à têtes de couleurs différentes.

 Ci-dessous la coiffure de ces dames des Terres froides.

 

J'ai rencontré une de ces dames à la fête de la transhumence à GAP. Un chapeau qui m'a rappelé celui-ci.

II. La robe de drap foncé, sauf pour les jeunes filles qui la portaient en drap  bis clair, et se composait d'un corsage de coupe dauphinoise courante, mais dont les manches longues et étroites comportaient horizontalement trois fronces à l'épaule et trois au poignet. La jupe assez courte, avait autour de la taille, les grosses fronces habituelles et était ornée, à sa base, d'un large ruban de velours mis à plat et qui en faisait le tour.

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29 novembre 2011

HISTOIRE DU COSTUME PAYSAN EN DAUPHINE

Résumé du chapître II du livre d'Edmond DELAYE :

Histoire du costume du IVème au XIXème siècle.

IVème siècle :

Les paysans de la Gaule de l'époque portaient des justaucourps assez longs et des hauts-de-chausses assez courts que les Dauphinois appelèrent jusqu'au milieu du XIXème siècle : sayes ou brayes. Les français transformèrent ce mot en braies qui est l'orthographe actuelle Elles étaient fabriquées en étoffes de diverses couleurs.

A l'époque mérovingienne, l'habillement du paysan se transforma sous diverses influences, mais demeura à peu près constant durant toute cette période. Pour travailler l'homme des champs portait une sorte de tunique avec ou sans ceinture appelée "subucula" qu'il recouvrait au repos, d'une blouse tombant jusqu'aux genoux, qui portait le nom de dalmatique, si elle possédait des manches, et de colobe si elle n'en avait pas. Les braies complétaient ce vêtement.

Pour se garantir du froid ou de la pluie, il portait le pallium, grand manteau qui l'enveloppait complètement, ou la penula, longue pèlerine à capuchon qui devenait la birra si elle était pourvue de fentes latérales pour le passage des bras.

Le vêtement de la paysanne était fort simple, et, alors que les femmes de haute condition portaient, l'une sur l'autre, deux tuniques longues, étroites et sans plis, avec ceinture placée immédiatement sous les seins, la femme des Alpes se contentait du  chainse ou chemise, et, comme l'homme la recouvrait du colobe ou de la dalmatique qui tombait jusqu'aux chevilles, et en hiver, prenait la penula plus courte que celle du paysan.

La coiffure unique des deux sexes consistait à entourer la chevelure d'une bandelette mais sans bouts tombants.

Les chausses étaient des bas faits de pièces assemblées et non tricotées.

Vers le milieu du XVIIIème siècle le vêtement se perfectionna. aux braies, au chainse et aux chausses en toile ou cainsil, l'homme ajouta le theristra, sorte de camisole, et la gonelle ou tunique ajutée faite de gainsil ou de serge. Sur ce tout il aujouta la chape qui était un manteau grossier fait pour préserver de la pluie et qui se faisait quelquefois avec capuchon.

Les femmes des campagnes la portaient également.

Au IXème siècle apparurent les chaussures, brodequins, bottes et sandales. A cette époque, les paysans retinrent leurs chausses par des jarretières formées de cordons de couleurs et nouées sous le genou.

Puis la tunique devint moins longue, et prit le nom de bliaud qui est devenue la blouse portée dans les campagnes.

Nous traversons les siècles ..... A noter : les gros souliers et les sabots firent leur apparition à partir de 1 140 et c'est au XIème siècle, que les paysans se mirent à porter diverses coiffures telles que la calote puis la cale à la fin de ce siècle. La date de 1 140 marqua pour les deux sexes, l'allongement des vêtements jusqu'aux chevilles, les manches furent évasées et plus amples

Le XIIIème siècle vit la chainse se transformer en chemise dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui. La chemise était en toile de chanvre ou de lin et tout paysan aisé voulut la porter sur la peau.

Dès le commencement du XIIIème siècle, les femmes et les filles commencèrent à cacher leurs cheveux (elles portaient le chaperon de drap : voile) pratique qui a duré jusqu'au XVIIème siècle. C'est ce qui prit par la suite le nom de "coiffe"

 Le chapeau, dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot, connu et employé dans l'antiquité, n'était revenu en honneur que vers le XIIème et était fort employé dans nos montagnes. Il se fabriquait en feutre, en paille, en jonc ou en til (lanières minces taillées dans la partie intérieure et très blanche de l'écorce du tilleul).

C'est vers la fin du XVIème siècle que se fixa dans chaque province la mode du vêtement populaire local. le vêtement de l'homme reçut quelques perfectionnements tels que celui apporté aux chausses, et qui, plus tard s'appelèrent simplement bas et ce fut vers 1550 qu'on eut l'idée de les faire en tricot de laine ou de soie.

Le pan mobile ou pan de devant des hauts de chausses affecta, depuis Charles VIII la forme d'une poche appelée braie, brayette, ce que l'on dénomma plus tard braguette. Cette pièce était mpunie aux angles supérieurs de deux petites pattes boutonnées appelées loquets.

Les femmes portèrent la chemise à larges manches, sur laquelle elles mirent une robe de drap presque toujours de couleur unie, dont la jupe très ample entourait la taille de tros plis froncés, et dont le corsage indépendant et souvent à bretelles n'était pas de même ton.

Le tablier à poche unique et centrale, comme il est encore employé par nos jardiniers, complétait, avec les souliers de cuir ce très simple vêtement. De plus l'édit somptuaire de 1549 leur ayant interdit absolument le port de la soie, même accessoire, ils furent définitivement voués à l serge et à la bure. Ce fut alors la stagnation dans le costume.

XVIIIème siècle : Le montagnard alpin porta désormais, dès la fin du règne de Louis XIV, c'est à dire entre 1690 et 1710, la culotte sur laquelle il fit monter plus haut que le genou le bas qu'il attacha au jarret par une jarretière de couleur sans pendants. Ce fut à cette même époque que le bas de coton fit son apparition.

Il adopta la longue veste non boutonnée, descendant jusqu'à mi-cuisse type appelé "Habit à la française" avec gilet de couleur voyante et coiffa un chapeau à larges bords retroussés sur trois côtés. Après 1710, ce chapeau se rapetissa et devint ce que l'on appela le lampion, tricorne. Ce ne fut que sous Louix XVI, et surtout aux jours de travail que le paysan pour s'abriter du soleil ou de la pluie, dégrafa les bords relevés de son chapeau en les laissant pendre à leur gré, ce qui donna à cette coiffure un aspect un peu sans façon et avachi et on l'appela "chapeau clabaud". En dauphiné et sourtout dans les Hautes-Alpes, région plus isolée et plus pauvre, les paysans adoptèrent pour tous les jours un bonnet de laine, assez souvent de couleur rouge. et sur lequel, les dimanches de jours de fêtes, il posaient leur chapeau. A noter : les hommes gardèrent le tricorne jusqu'en 1850 et même jusqu'à la guerre de 1870, dans certains endroits.

La toilette des femmes devingt à peu près uniforme et définitive, dans tout le Dauphiné, seule la coiffe fut difféente dans chaque région et les fit distinguer les unes des autres.

La caractéristique de la robe fut celle-ci :

* Jupe longue et ample de couleur unie, comportant de gros plis nombreux autour de la taille et descendant jusqu'à la cheville.

* Petit corsage à manches longues, dont les basques étaient recouvertes par la ceinture de la jupe et quelquefois de couleur différente de celle-ci.

* Un mouchoir ou châle de tissu de couleur (soie, laines, toile ...à) d'aspects et de dessins voyants extrêmement variés, dotn les extrémités antérieures entraient dans la ceinture du tablier oupassaient derrièire la bavette, quand il en comportait une.

* des bas de laine blanche ou brune

* des souliers plats ou des galoches.

*  les jours de fête et les dimanches, des bijoux spéciaux dont les formes variaient selon la région.

Fin du deuxième chapitre.

 

 

 

 

16 novembre 2011

LE DAUPHINE

Les Anciens costumes des Alpes du Daphiné.

Chapître Premier

 

Résumé historique et géographique :

Comme je vous l'ai annoncé dans mon premier message sur les anciens costumes, je vais vous présenter succintement le premier chapître.

Pourquoi cette province a-t-elle pris le nom de Dauphiné ?

Plusieurs versions plus ou moins véridiques sont en présence. Edmond DELAYE en a retenu trois seulement :

Primitivement, le Dauphiné qui était la province celtique, l'Allobrogie, aurait simplement traduit en grec cette appellation qui était Dalphys et aurait pris, de ce fait, comme emblème symbolique le Dauphin. Mais ce poisson qui a, du reste, figuré sur maintes médailles gauloises des Allobroges, avait-il un rapport direct avec cette appellation ? Edmond DELAYE en doute.

Plus tard, un des comtes de Viennois, et cela est la seconde version qu'il considère comme une légende, mit un dauphin sur l'armet de son casque, ce qui donna l'idée d'appeler ses enfants "Dalphini" et par extension, d'appeler "Dauphiné" la terre elle-même possédée par ce comte.

On raconte enfin également que le cachet et les armes de Guy Le Gras portaient un dauphin et que ce prince se donna le titre de "Comte Dauphiné" vers l'an 1120.

Edmond DELAYE donne comme véritable origine de cette appellation la version suivante :

... Guigues, comte d'Albon, ancêtre de nos dauphins de Viennois, épousa un peu avant l'an 1100, Mathilde, fille d'Edgar, fils adoptif d'Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre. Ce fut elle qui apporta dans la famille des comtes d'Albon, ce surnon de dauphin, soit qu'il eût été porté en Angleterre par quelqu'un de ses ancêtres, soit comme l'affirme un chroniqueur, qu'il eût, en langue vulgaire, le sens de roi dépossédé ou de prétendant et, à partir de 1100 au moins, les Guigues joignirent ce nom au leur, sous la forme de Guigo Delphini, Guigues fis de Dauphin ou Delphin...

Quel rapport existe-t'il entre le nom Dauphin et le poisson dauphin, pièce principale des armoiries dephinales ?

Les Dauphins prétendant succéder dans la souveraineté de Vienne aux rois de Bourgongne de la race des Bosonides, gardèrent, de 1188 à 1237, le revers de leur sceau chargé d'une représentation, grossière mais indubitable du palais impérial de Vienne, et Humbert II, dernier Dauphin, mit, sur son grand sceau, la ville de Vienne toute entière avec ses palais, ses églises et la légende "Viena".

Mais cela ne constituait pas un blason. C'est seulement à la mort d'André, Dauphin en 1237, qu'apparu le dauphin sur le sceau de son fils Guigues VII, gravé sur l'écu que portait au bras le cavalier.

Le dauphin a donc été, dès 1237, le blason symbolique, les armoiries parlantes du Dauphiné, mais c'est un simple jeu de mots qui fit les frais de ce blason et transforma le nom de Saint Delphin en un symbole marin qui n'avait d'affinité avec lui qu'une simple consonance.

En 1237, naquirent le nom de "DAUPHINE" et le blason du dauphin, empruntés tous deux au surnom de la famille qui l'avait créée.

Dans la première moitié du XIVème siècle, Humbert II, le dernier des Dauphins, fit de Grenoble la capitale définitive du Dauphiné et y fonda l'Université en 1339, et établit le statut Delphinal.

Après la Révolution, le Dauphiné qui, depis sa cession en 1349, n'avait subi aucune modification territoriale, fut divisé en trois départements : l'Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes.

Carte simplifiée du Dauphiné avec ses limites actuelles, mais av

 Avant 1790, la province était divisée en Haut-Dauphiné et en Bas-Dauphiné.

Le Haut-Dauphiné ou partie montagneuse comprenait :

- Le Grésivaudan bien plus étendu que ce que nous appelons actuellement la vallée du Grésivaudan, et qui comprenait : la vallée de l'Isère, de la Savoie au Romanais, et les massifs de la Grande-Chartreuse, du Vercors, du Trièves, de la Mateysine, du Valgaudemar, de la Vallouise, de L'Oisans et d'Allevard.

Il était borné par le Viennois, le Romanais, le Royanais, le Diois, le Gapençais, l'Embrunois, le Briançonnais et le duché de Savoie. Sa capitale était Grenoble qui fut, du reste, celle de tout le Daphiné de 1 349 à 1790;

Le Royanais, capitale Pont-en-Royans

Les Baronnies, capitale Le Buis

Le Gapençais, capitale Gap, qui comprenait le Serrois, l'Embrunois, le Dévoluy et le Champsaur.

Le Briançonnais avec Briançon et tout le massif du Queyras.

Le Bas Dauphiné, région de plaine était composé :

du Viennois, capitale Valence qui englobait le Romanais,

du Diois avec Die,

du Tricastin, dont le bourg de St Paul-Trois-châteaux était la ville principale.

Il etait important de donner ces précisions afin de pouvoir situer par la suite les costumes ou fabriques, dans la suite du livre ......

Fin du premier chapître.

(J'ai commencé à charger les photos de ces costumes anciens, dans l'album photo, colonne de gauche).

 pour info, le deuxième chapître sera :

Histoire du Costume Paysan en Dauphiné.

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07 novembre 2011

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné : C'est mon cadeau du jour

Hier dimanche, en allant faire le marché, j'ai eu la très agréable surprise de recevoir un cadeau d'un monsieur de ma connaissance qui m'a accostée en m'offrant, devinez quel présent ? un livre, mais un livre très ancien qu'il a trouvé dans la maison paternelle. Il a pensé qu'il devrait m'intéresser ..... J'en suis encore toute surprise, car ce livre a pour titre :

Les anciens Costumes des Alpes du Dauphiné

écrit par Edmond DELAYE

préfacé de M. Hippolyte MULLER, Conservateur du Musée Dauphinois en 1921.

dédicacé de la main de l'auteur.

Cette oeuvre, résultat de nombreuses années de travail a été éditée luxueusement, artistiquement, sincèrement, à un petit nombre d'exemplaires, donc destiné à une élite..  (c'est ce qui est dit dans la préface..)

Quelqu'un d'entre vous, connaît-il cet ouvrage ?????

Vous comprendrez que c'est vraiment une chance pour moi d'avoir ce livre sous les yeux. Il a été minutieusement recouvert d'un papier glassé transparent de l'époque 1921!!!!

L'auteur, Edmond DELAYE avait publié en 1911 quelques notes pour servir à l'histoire de la coiffure et du vêtement populaires en Dauphiné et qui avaient pour titre "La calette et les Bonnets en Dauphiné", il exprimait le voeu que ses documents soient le point de départ d'autres recherches et études plus complètes sur ce sujet inconnu de la plupart de ses compratriotes, car, depuis trois générations, sauf dans les Hautes-Alpes où certaines coiffes sont demeurées, le costume local a complètement disparu.

Sans déplorer, d'une façon absolue, la disparition des costumes anciens si coquets, si pittoresques, si différents, si curieux parfois et presque toujours correspondant à une nécessité climatique ou professionnelle, il a estimé et cela avec beaucoup d'autres, qu'il y aurait un intérêt considérable à conserver ceux qui vivent encore et à en faire renaître beaucoup, aux points de vue du pittoresque, de l'intérêt régional et peut-être même de l'économie sociale.

...... puis il y a eu la guerre, il a dû arrêter toute recherche et publications. Libéré en 1919, il s'est remis au travail.

Ses patientes et longues recherches dans les archives, les bibliothèques, les musées et sur les lieux mêmes lui ont permis de recueillir de très nombreux documents sûrs et fort intéressants. Il en a soumis au lecteur le résultat à travers ce livre, dans lequel il a mis tout son coeur pour célébrer un peu de l'art populaire disparu de son pays natal, sa belle terre du Dauphiné.

Ce volume est divisé en six Chapîtres :

Dans le premier, il donne un résumé historique et géographique succint sur le Dauphiné, ainsi que l'origine de cette appellation.

L'histoire du costume paysan depuis le IVème siècle jusqu'au milieu du XIX ème siècle fait l'objet de son second chapître où il constate que le costume ne s'est localisé dans chaque province que vers la fin du XVIème siècle.

Il aborde alors, dans ses chapîtres III et IV, le véritable sujet de son ouvrage : Le costume dauphinois dans les départements de l'Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes. classé par régions et illustré, dans le texte, par ses croquis d'après documents anciens ou d'après nature et par des reproductions de peintures et gravures en hors-texte.

Le chapitre V traite des étoffes employées dans le costume, et des lieux et modes de leur fabrication, ainsi que de la dentelle au fuseau exécutée dans les Alpes.

Dans le chapitre VI, il parle des bijoux qui étaient ordinairement en or, quelquefois en argent chez les moins riches et signale une fabrication toute particulière à nos Alpes, qui a été assez florissante vers la fin du XVIIIème siècle et qu'il serait désirable de voir revivre, c'est la taille de bijoux dans les belles aiguilles de cristal de roche de nos Alpes et dans la variolite du Drac ou de la Durance, dont une manufacture fonctionna à Briançon.

Il termine par un glossaire nécessité par les nombreux termes anciens et techniques qu'il a dû employer.

Et comme écrin à tout, son ami, le grand artiste Jules Flandrin, lui a construit une admirable couverture où l'art et son talent n'ont rien à s'envier.

 

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"Puisse ce modeste travail sauver de l'oubli un des ornements les plus délicieux de notre chère province, ces si jolis costumes des nos Alpes qui, au cours du XIXème siècle, ont malheureusement disparu ou se sont modifiées avec le plus mauvais goût"

Ce sont les termes de la Préface d'Edmond DELAYE - Décembre 1921.

 

Alors mes amies, je vais me plonger dans cet ouvrage, où, j'en suis sûre je vais apprendre beaucoup de choses, et au fur et à mesure des chapîtres, je partagerai avec vous certains éléments, car impossible de tout recopier. Je vous scannerai également quelques photos où vous verrez les différences de costumes et de coiffes. A trés bientôt pour la suite.....