LE HAMEAU DU JAS 

(Texte René GALVEZ)

Le "Jas" : en réalité Jas de Moussu, regroupait plusieurs familles de paysans sur la rive gauche du torrent du Barrasson. Rive droite c'est le Jas des Seigneurs avec deux fermes, une fermette et diverses dépendances - aujourd'hui c'est la partie Nord et Centre de L'Usine.

la population du Jas a augmenté en 1870 quand poseurs et terrassiers traçaient la voie de Chemin de fer Marseille Veynes. En octobre 1872, la ligne est inaugurée (elle arrive à Sisteron) : la construction de la maisonnette du passage à niveau du Jas commence.

En 1910, grâce à l'installation de familles de cheminots mais aussi à un apport de population qu'avait généré le creusement du Canal de Manosque (de 1883 à 1895), une quinzaine d'enfants fréquentent l'école située au Champs des Rois (Esplanade des Grands Bureaux, Labo Plastiques, Séquestrants ...).

La Gare est accessible depuis Château-Arnoux par le chemin vivinal n° 7. Ce chemin subira de multiples changements à la création de l'usine. Ce n'est qu'en 1935 que le Conseil Municipal décide de le goudronner. En retour, la Compagne AFC s'engage à concéder à la Commune divers avantages : distribution d'énergie électrique, éclairage public du hameau du jas et de la Gare.

Ecoutons Jacques SIAUD, qui a passé son enfance au Jas : "Chaque famille possédait un petit troupeau de chèvres. Au pied du plateau, une source abondante permettait par un ingénieux système d'irrigation, d'entretenir les jardins potagers, d'alimenter les bassins et le lavoir. De nombreux jarlandins avaient une "campagne" vers le Jas. On y trouvait des prés, du blé de l'orge et des arbres fruitiers. Ceux qui le pouvaient, élevaient un cochon qu'on tuait en décembre : car la viande était rare et réservée pour les fêtes carillonnées (Pâques, Ascension,Noël..). Chez les plus riches on festoyait également le Jour de l'An".

Après l'échec des projets successifs d'usine hydroélectrique, AFC présente en 1913 un 1er projet d'usine de produits chimiques. Dès Mars 1914, la Compagnie achète les réserves foncières accumulées par les projets d'électrification. L'achat des terrains et immeubles du Jas, commence également en 1914 et se poursuivra jusqu'en 1946.

Le Barrasson est un modeste torrent qui prend sa source 5,5 km au Nord-Ouest, vers le spremiers contreforts de la Monagne de Lure. S'il a rarement commis des dégâts, son niveau modeste a néanmoins imposé la construction d'ouvrages : un pont sur la RN 96 et un autre pour la voie ferrée du Jas.

Sur le cours du Barrasson, 50 M au dessus du Pont de la RN 96, existait un Moulin duXVIème siècle et ses écluses. En 1718, il est la propriété des LOMBARDS ; il cessera de fonctionner à la fin du XIXème siècle.

"Chacun possédait un lopin de terre poursuit jacques Siaud et un Bastidon de pierre sèches sur le Plateau de Courtieu (la cité actuelle). Du Barrasson à la Casse, le Courtieu c'était de la garrigue, des bois de chênes verts, de la vigne et des oliviers. Depuis toujours on y faisait paître les bêtes. Nous y avions des ruches ; quand à la vigne, elle donnait une véritable piquette -des plants directs- qui titrait 7 à 8° ; il fallait le boire dans l'année".

"Ma grand-mère  était remplaçante garde-barrière, ce qui lui valait un voyage gratuit par an à Marseille ! il n'y avait pas de chevaux ; on faisait tout à pied. Le boucher de Volonne venait régulièrement chercher les chevreaux du Jas, ce qui procurait un peu d'argent frais. Fréquemment, des colporteurs, chargés de ballots venait de Marseille ou de Grenoble et vendaient à chacun mercerie, tissus, cosmétiques, droguerie ... La vie était communautaire ; toures les maisons éteient de plain-pied ; on vivait dehors l'été et on passait beaucoup de temps à faire la causette sous les mûries. Une vie rude, sans doute, mais aussi un temps heureux dont nous avons tous gardé le souvenir durant des décennies".

Beaucoup de familles d'immigrés passeront quelques années au jas, de 1925 à 1935 : BOGHOSSIAN, DEPETRI, BARBUTTI, GIRARDI ;;

Au Nord du hameau se trouvait la maison du Garde-canal, ajourd'hui tombée en ruines. Elle appartenait à la Compagnie du Canal de Manosque. Au début du siècle c'est la famille ELZEARD qui en a la responsabilité. le dernir garde fut Gaston DOMINICI - de 1944 à 1977 ;retraité à Malijai il est décédé en Juin 2002. Son fils, Georges se souvient des treize années passées au Jas :" Il fallait, de temps en temps, curer le canal et son tunnel de huit cent mètres : On remontait jusqu'à la prise en traînant un filet ; je n'ai jamais vu autant de truites ; certaines dépassaient quatre livres !". Il a gardé le souvenir de ce "petit modne" qu'abritait le Jas jusqu'en 1955 et des familles qui y vivaient : "toutes les maisons ainsi que la ferme étaient habitées, je me souviens des COMBE, MOREL, FEIRRERA, ARNAUD, FERRAUD, POITEVIN, PETIT, CHAKOUR, AOUAB, SALEK, ROSANO, HADIBI, DEYE, DA MOTTA ;;;Toutes les surfaces utilisabls étaient cultivées : chacun avait son jardin. nous étions loin de tout et notre moyen de transport le plus fréqent était le camion (la navette incessante des camion NERVO qui utilisaient la porte Nord)".

Près du passage à niveau de la porte Nord, Joseph BARBUTTI construit, au début des années 1930, un bâtiment imposant qui comprend, en plus du logement de sa faimille, un restaurant avec salle de bal. Mariages et banquets y seront fréquemment organisés. Cette construction achetée par la Compagnie, mais abandonnée depuis 1960, a été rasée dans les années 1990.

Dans les années cinquante, le quartier se vide de ses habitants. Une seule peronne va y demeurer : Mme DEYE. Elle s'était installée à proximité de l'usine avec sa grande famille, en 1946, à côté de la cantine de Pierre JANOVITH; A partir de 1949 elle rejoint le JAS où elle résidera jusqu'à son décès en 2002.

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