Un peu d'histoire et un peu plus de savoir sur ces bijoux de mes aïeules, grâce à Edmond DELAYE.

(je dis "mes" car mes aïeules (paternelles et maternelles) étaient haut-alpines.)

 

Une très intéressante industrie fut introduite à Briançon,

 vers la fin du XVIIIème siècle,

 par Antoine Cayre-Morand.

Dès 1753, un sieur Bruno Micoud, concessionnaire depuis 1752 des mines et minières du Haut-Auphiné, avait demandé au roi l'autorisation d'entreprendre, sans concurrence, la fouille des cristaux de roche dans l'étendue de sa concession, et désirait également y établir une manufacture de taille ; ce qui lui avait été accordé par un arrêt du Conseil d'Etat, le 4 septembre 1753. Mais aucune suite ne fut donnée à l'érection de la manufacture, et ce ne fut qu'en 1778 que l'artiste et savant Antoine Cayre-Morand, reprenant cette idée, put la mettre en exécution, et non sans peine.

Fils d'Alexis Cayre, maître-orfèvre de Briançon, et appartenant, par sa mère, à la famille du célèbre Architecte Morand, né à Briançon, et mort à Lyon, sur l'échafaud, en 1794 ; Antoine Cayre, également né à Briançon, le 27 juin 1747, était doué d'une très belle intelligence, à laquelle s'ajoutaient imagination, volonté, activité, et un goût natif en firent un artiste de premier ordre en glyptique et dans la taille des pierres précieuses.

Ses connaissances approfondies et ses oeuvres d'art lui valurent la protection et l'amitié de Voltaire, de Larochefoucauld-Denville, du baron de Choiseuil, du Ministre de Vergennes, du chimiste Fourcroy, du géologue Faujas de Saint-fond, des lapidaires parisiens Fontaine et Delacroix, du manufacturier anglias Boulton, du naturaliste espagnol Davila et de beaucoup d'autres.

A quatorze ans, son père le plaça en apprentissage à Turin, et, vers dix-sept ans, il commença des voyages d'études qui le menèrent à Rome, Naples, Florence, Venise, Milan , Genève et à Ferney, où, en 1771, il fit tant qu'il fut reçut par Voltaire et lui grava son portrait en intaille, puis à Paris, où il suivit des cours de chimie, de physique et d'histoire naturelle et s'attira de nombreues amitiés par les services qu'il rendit à plusieurs artistes distingués.

Il apprit à mouler les plus petits objets, et exécuta, pendant son séjour dans la capitale plusieurs travaux dignes d'attention, tels que le portrait de Mme la Dauphine gravé en bas-relief, enrichi de diamants et formant bague, et une canne gnomonique très remarquée par l'Académie des Sciences.

De là il passa en Angleterre, y visita avec fruit plusieurs ateliers, se rendit ensuite en Espagne et rentra dans sa ville natale, en 1776, après douze ans d'absence, décidé à tirer profit des connaissances variées et précieuses qu'il avait acquises pendant ses longs et dispendieux voyages, et à créer, dans son pays, une source de richesses, par la taille du cristal de roche, de la variolite et d'autres produits naturels de nos Alpes. ( Chargé en 1768, par l'intendant du Dauphiné, de visiter des mines en Briançonnais, il avait découvert à Vallouise, une sorte d'améthiste fort curieuse, d'un violet peu foncé et tirant sur le rouge).

Il se mit à la recherche d'actionnaires ..... Surpris, mais non découragé, Cayre demeura inébranlable dans son projet et trouva moyen de se procurer 60 000 livres qui lui étaient nécessaires, se chargea seul de la direction de sa manufacture et ouvrit ses ateliers de taille en 1778.

Il s'entoura des meilleurs ouvriers ... Doué d'une énergie inlassable, il modifia les procédés de sa fabircation, capta la confiance absolue de ses ouvriers, leur apprit de nouvelles méthodes, lutta sans découragnement et en 1784, obtient du roi, le titre de manufacture royale, comme ayant frayé une route nouvelle à l'industrie nationale.

De 1784 à 1787, la manufacture se consolida, redoubla d'activité, progressa remarquablement, et donnant à son fondateur des bénérfices qui le dédomagèrent des ses peines et de ses sacrifices.

Cayre voulait, dans l'intérêt de la France, faire de Briançon ce que la Hollande avait fait de Bruges, une pépinière de lapidaires. Malheureusement, la plupart de ses ouvriers, venant de l'étranger, y retournaient, emportant avec eux une partie de ses nouveaux procédés. Il aurait voulu n'occuper que des Français, mais dans l'impossibilité de le faire, il spécialisa chacun d'eux et chaque oeuvre passa par plusieurs mains.

Le personnel de la Manufacture royale de Briançon était divisé en quatre sortes de professions :

- les lapidaires dans le grand genre,

- les lapidaires à facettes ,

- les bijoutiers,

- les metteurs en oeuvre.

Pendant cette période de prospérité, Cayre inventa la taille de ses boules polyèdres (perle ronde en cristal de roche), qui furent fort goûtées et recherchées de toutes parts, non sans être limitées.

Parmi ses oeuvres maîtresses et remarquées, il faut citer :

- un obélisque en cristal de roche,

- une pyramide formée de différents cristaux,

- un portrait en relief, gravé dans le cristal de roche représentant Voltaire,

- Un lustre à cylindre, composé de plus de 1 500 cristaux, qui ne fut achevé en 1789, et qui lui valut son traitement d'être porté de 3 000 à 6 000 livres par le Gouvernement.

La Révolution approchait, les troubles commençaient et sa manufacture fut toute désorganisée par le départ de ses ouvriers aux armées.... puis la manufacture ferma en 1794.

Après plusieurs années de luttes, il alla se fixer à Turin, y passa le reste de sa vie, occupé de son commerce, se livrant à ses études de prédilection et continuant, avec les savants et les artistes, ces rapports d'amitié auxquels il attachait un si grand prix et mourut enfin en 1832.

On connaît de lui un intéressant volume qui a pour titre : "La Science des pierres précieuses".

En dehors des pièces saillantes et remarquables citées plus haut, la manufacture royale de Briançon, et c'est ce qui intéresse plus particulièrement ce chapître, fabriqua de nombreuses perles de toutes formes, destinées à former des colliers ou à être montées en pendants d'oreille (voir n° 12 ci-dessous,) dans les cristaux de roche des Alpes dauphinoises (c'est le nom donné aux cristaux de quartz, incolores et transparents qui garnissent les druses de certains filons). Cayre fabriquait également des croix (n° 2 et 5) soit en cristal, soit en variolite, dont il revêtait ordinairement les extrémités d'ornements en or, ou perforait simplement le sommet afin de pouvoir les suspendre au col par un ruban.

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Un nommé Fine, ancien ouvrier de la manufacture, natif de Villard-Saint-Pancrasse, faisait, en 1805, des colliers des pendants d'oreille, des croix, des broches ... en cristal ou en variolite de la Durance.

A cette même époque, un lapidaire nommé Clément, qui avait également travaillé chez Cayre-Morand, avait conservé une meule et continuait à tailler les cristaux de roche et surtout les variolites.

Toujours à Villard-Saint-Pancrasse, au hameau de Sacha, un lapidaire connu sous le nom de Colomban, se livrait vers 1842, au même gendre de travail artistique.

Contrairement à ce que l'on a pu croire, dans les année 1900, la taille des cristaux et variolites du Haut Dauphiné n'a pas disparue complètement du Briançonnais, et Monsieur DELAYE a pu constater "de visu", qu''un habile lapidaire-bijoutier y produisait encore (en 1921) des croix, ces colliers, broches et pendants d'oreille fort intéressants.

D'une intélligence très curieuse, ayant, dans la vie, touché à tout, à sa façon, tant en réalisations artistiques qu'en celles de science, Alphonse Salle, né à Briançon, le 7 janvier 1853, de parents peu fortunés, embrassa la même profession que son père, qui était horloger-bijoutier.

Ayant terminé son apprentissage en 1865, il eut l'occasion, pendant l'hiver de cette année, de lire un ouvrage commentant la vie, les souvenirs et les oeuvres de Cayre-Morand.

Cette lecture fut pour lui une révélation, et il fut pris de l'idée de rénover l'oeuvre de son prédécesseur.

Il reprit tout d'abord la taille de la variolite qu'il exécuta lui-même, à l'insu de son père, et malgré l'oppostion de celui-ci, qui ne cessa de lui dire qu'il perdait son temps et son argent.

ScannedImage-24Possédant tout l'outillage nécessaire à la fabrication des bijoux, il put monter lui-même ses pierres (voir la croix ci-contre) et les exposa dans une petite vitrine, à l'intérieur de son magasin, situé encore (en 1921) au beau milieu de la grande gargouille de Briançon.

Encouragé par les ventes qu'il en fit, le succès le poussa à la création de nouveaux modèles qu'il eut soin de déposer au greffe du tribunal, afin de sens réserver le profil et les bénéfices qu'il réussissait.

Son entreprise prit alors une telle extension qu'il ne peut plus répondre seul aux demandes et fut obligé de chercher et former un ouvrier lapidaire, ce qui ne fut pas sans difficultés.

Ce fut alors qu'il ajouta à la taille de la variolite celle des cristaux de roche, et son travail et son goût lui obtinrent de nombreuses récompenses dans les expositions régionales de Briançon, en 1884 ; d'Embrun en 1890, et à l'exposition internationale du Progrès, à Paris, en 1897.

Monsieur Edmond Delaye a tenu avant de terminer ce court historique de l'industrie des bijoux dauphinois confectionnés avec des minéraus des Alpes dauphinoises, à signaler cette dernière initiative digne d'être encouragée et suivie.

"Puissent ces quelques pages bien incomplètes sur les anciens costumes et les bijoux des Alpes du Dauphiné, avoir intéressé le lecteur et lui avoir fait connaître un peu de ce coin de France si pittoresque et si beau."

Voilà, je m'étais engagée auprès de vous chers lecteurs de mon blog, à porter à votre connaissance le contenu de ce livre d'Edmond Delaye sur "Les anciens Costumes des Alpes du Dauphiné" édité à Grenoble en 1922, c'est chose faite. Je l'ai beaucoup apprécié et je remercie encore une fois le Monsieur qui me l'a confié. Il a trouvé cet ouvrage dans la bibliothèque de son père décédé, avec la dédicace personnelle, à la plume, de M. DELAYE. Il a sa place à présent sur l'étagère de ma bibliothèque.

J'espère que toutes ces descriptions et précisions sur le costume et les bijoux de nos Hautes-Alpes vous auront intéressées autant que moi.

En tout cas, si d'aventure vous aviez de ces vieux bijoux en cristal de roche et en variolite qui ne vous intéresseraient pas, je suis preneuse ...... !

A noter que la Variolite se rencontre principalement dans les Alpes dauphinoises et surtout dans les Hautes-Alpes, et prend le nom de variolite de la Durance ou variolite du Drac, selon que les fragments sont détachés et roulés par l'une ou l'autre de ces deux rivières.

La variolite est un type globulaire très curieux de roches hypo-cristallines qui occupe le bord des épanchements d'euphotides, et que Michel-Lévy considère comme le terme vitreux de cette série.

Pour donner un peu plus de corps à ce message, si certains pourraient penser que la variolite est une maladie, la variolite n'est pas une maladie mais elle y ressemble, en effet, c'est une roche vert-sombre parsemée de taches claires rappelant les sinistres boutons de la variole. Grâce à François qui a bien voulu me laisser un commentaire et que je remercie au passage, je peux vous renvoyer vers le lien ci-dessous, où vous découvrirez de très belles photos de ces variolites. (et où il met côte à côte une personne atteinte de variole et une variolite .... stupéfiant..)

 http://variolite.fr/photo-variolites.htm

J''invite forfement tous ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette pierre et ses origines, et voir également d'autres bijoux confectionnés avec ces pierres, la vidéo sur la première page du site :

http://variolite.fr

PS : je suis très heureuse de voir que mes messages, en fin de compte, sont très instructifs et je ne perds pas mon temps, car ils intéressent toujours quelqu'un et apportent de la culture aux néophites. Merci à tous ces amis de la blogosphère qui me laissent des commentaires. Cela me donne du punch pour continuer ....