CHAPITRE VI

LES BIJOUX

Qui a dit qu'on ne devait pas porter de bijoux avec son costume ????? Ce sujet prête toujours à discussion quand on est novice et que l'on rentre dans un groupe folklorique qui se prétend être le plus authentique possible, (je sais de quoi je parle)... et bien si, nos aiëules étaient très coquettes, mais attention pas n'importe quel bijou ..... 

Le complément naturel de la toilette féminine a été, de tous les temps, le bijou. Dans nos Alpes dauphinoises, ceux les plus répandus étaient la croix et le coeur d'or, retenus ordinairement par un ruban de soie ou de velours formant collier et clos sur la nuque par un fermoir également en or. L'argent n'était porté que par les paysannes pauvres.

BriquetsCes bijoux, nationaux pour ainsi dire, épousaient des formes et des décorations diverses selon les régions. Des anneaux d'or suspendus aux oreilles ou de grandes boucles, de forme spéciale, appelés briquets, complétaient la parure.. les bijoux s'offraient, en général, le dimanche qui suivait la demande en mariage, et le futur conduisait sa belle aux accords dont le présent habituel était une croix d'or.

 

Le jour du mariage, il donnait la bague d'or, dite de pucelage, représentant primitivement un coeur, courronné ou non, tenu par deux mains, et plus tard, au XIXème siècle deux mains seulement s'étreignant.

Baques d'or dites de pucelage (Mariage)

Dans le Grésivaudan et le Viennois, la croix était trilobée et ajourée à chacune de ses extrémités et portait un Christ fondu en relief et quelques dessins gravés naivement sur le corps de la croix. le revers en dehors des mêmes gravures, ne comportait rien, alors que la croix de  Chambéry, qui  lui ressemblait de forme portait à son revers une vierge debout.

 

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Le coeur était toujours uni et quelquefois à rebord plat. Quant au fermoir, le modèle le plus répandu était de forme rectangulaire, orné au centre d'un soleil.

Quelquefois le soleil était remplacé par d'autres motifs décoratifs, et souvent surtout au XIXème siècle, par des fleurs sur fond champlevé et émaillé.

Le ruban était de velours et ordinairement noir, et parfois orné sur le tour du col par des médaillons ou plaques en or, et le fermoir était réservé aux femmes mariées.

Dès le commencement du XIXème siècle, le velours fut quelquefois remplacé par une chaîne d'or et vers le milieu de ce même siècle cédant à la mode des villes où les bijoux en cheveux étaient en grande vogue, les montagnardes arborèrent des chaînes ou des rubans faits de cheveux auxquels elles suspendaient leurs "affutiaux," expression très usitée dans nos montagnes pour désigner les bijoux et accessoires du costume ; on disait encore "Affiquets".

Dans les massifs de l'Oisans, du Trièves et du Vercors, les paysans aisés ornaient le cou de leurs femmes d'assez jolis colliers faits de plaques d'or, ovales de préférence, avec motifs gravés, émaillés ou repoussés, réunies par des chaînes jaseron formant de gracieux baldaquins...

Quant aux bagues, en dehors de celles de mariage qui étaient d'un type déterminé et symbolique, de nombreux modèles ont vu le jour en Dauphiné, et les quelques specimens qui figurent à la planche ci-dessous en donneront une idée plus exacte qu'une longue explication.

croix forme bâton Basse IsèreDans la région de la basse Isère, qui s'étend du Bec de l'Echaillon aux portes de Romans, et qui forme actuellement l'arrondissement de Saint-Marcellin, se portait une croix différente de celle du Grésivaudan. Les bras étaient ronds (ce que l'on appelle la forme bâton), terminés à leurs extrémités par une boule surmontée d'une petite pointe conique, et la bélière habituelle étint remplacée par un anneau fixe, ovale et plat, qui ressemblait assez à la tête d'une aiguille à coudre, et dans l'ouverture étroite et longue de laquelle on passait le ruban destiné à la suspendre au cou.

Dans la partie du Haut Dauphiné qui comprend actuellement les Hautes-Alpes, on pouvait répartir les formes des bijoux en trois principales régions, à savoir :

1) Le Gapençais y compris l'Embrunois, le basssin du Buech, le Serrois et le Dévoluy.

2) Le Briançonnais, Queyras.

3)  La Vallouise avec le Champsaur et le Valgaudemar.

Dans le Gapençais, avec le coeur à rebord plat dans lequel passait un ruban de soie de couleur souvent rose ou verte, les croix étaient fort simples, en or, plates, agrémentées de peu de gravure et sans Christ, et avaient leurs extrémités terminées par un ornement à peu près en forme de trèfle.(Ci-dessous les croix du Gapençais)

Croix du Gapençais aux extrémités ornement en forme de trèfle

Dans le Briançonnais, le coeur était ordinairement mouluré et fleuri, c'est-à-dire ornementé de fleurs gravées et frappées, et les croix de modèles peu variés de forme, mais avec une infinité de motifs centraux gravés qui allaient du Saint-Esprit à l'ornement géométrique, en passant par les pensées et les roses, ainsi que ceux gravés sur les extrémités de leurs bras.

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Le ruban était semblable à ceux du Gapençais, mais était remplacé par une chaîne d'or, quand, à la place du coeur, les paysannes y plaçaient des motifs rectangulaires soit repoussés, soit gravés ou émaillés.

Les anneaux d'oreilles et les "briquets", ainsi que les bagues de pucelage ou d'ornement étaient à peu près les mêmes que celles du Grésivaudan et du Viennois. En Vallouise, enfin , même croix simple que dans le Gapençais, mais avec des extrémités plus ornementées.

Vallouise

Dans toute cette partie du Haut Dauphiné qui était une région assez pauvre, le collier à plaques d'or réunies par des chaînes, n'existait pas. Par contre dans certaines régions du Haut-Dauphiné et principalement en Vallouise, les femmes avaient l'habitude d'accrocher à leur ceinture,  de lourdes chaînes d'argent destinées à suspendre leurs ciseaux et leurs clefs.

Un bijou très spécial et qui ne se portait qu'à La Grave et dans ses environs immédiats, était un crochet en argent, à tête ajourée et ornementée, qui se cousait derrière le col de la robe et servait à y passer le ruban de la croix et à l'y maintenir, pour éviter qu'il ne remontât vers les cheveux.....

Parmi les principaux fabricants dauphinois de cette première moitié du XIXème siècle, il faut citer, à Grenoble, les maîtres Colin et François Delaye, et, à Briançon, le maître Salle ....

Les anciens costumes des Alpes du Dauphiné d'Edmond Delaye 1922

 

A suivre dans un prochain message : les Bijoux en Cristal de roche et en Variolite.

 

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