En complément à mon article du 4 juin 2010 où je vous parlais d"avoir un mas en Provence", je vous fais partager ci-dessous, quelques unes de mes recherches sur l'Habitat Rural :

... la maison provençale est essentiellement organisée dans le but de la défense : défense contre le vent, contre les gelées, contre le soleil, c'est pourquoi les ouvertures exposées au midi ne sont ni larges, ni hautes. les bergeries, les greniers à foin ne voient le jour que par d'étroites meurtrières. Imposé par le climat  et par le genre de culture en vigueur autrefois, ce type de construction a traversé les siècles en s'adaptant aux conditions nouvelles ; des bâtiments annexes se sont ajoutés au fur et à mesure des besoins ; ils  contribuent à l'originalité du paysage agraire provençal. Mais, jusqu'à nos jours, le noyau traditionnel de la maison campagnarde n'a pas changé sauf dans les régions de tourisme et de villégiature où les demeures dites estivales sont trop souvent construites au mépris de toutes les règles dictées par l'expérience, et implantées au hasard, livrées au double assaut du mistral et du soleil.

LE_MAS_DU_JUGE

Si l'habitation a relativement bien résisté aux modes passagères, le mobilier traditionnel a considérablement évolué sous l'effet des changements économiques et des conditions nouvelles de vie. En effet, l'ammeublement des maisons rurales provençales était essentiellement fonctionnel : le pétrin, la panetière, le blutoir autour desquels s'ordonne le reste du mobilier dans la salle commune, n'ont plus de sens le jour où l'on cesse de pétrir la farine et de faire son pain. Or, jusqu'au début de notre siècle, dans toutes les campagnes un peu isolées, on a continué de fabriquer le pain avec sa propre farine et cela pour des raisons qui tiennent autant à la psychologie qu'à l'économie ; le pain avait pour nos ancêtres un caractère presque sacré ; le faire était accomplir un rite quasiment religieux.

De l'épi de blé à la panetière s'accomplissaient les gestes ancestraux : écrasement du grain sous la meule, raffinement de la farine passée dans un grand coffre à tamis, le blutoir ; puis fabrication de la pâte dans le pétrin, cuisson au four construit tout près de la maison et, enfin, conservation des miches dans la panetière ajourée, haut placée sur le mur pour échapper à la convoitise des rongeurs.

A ces trois éléments obligés de toute demeure rurale s'ajoutaient, selon les régions, en Arles le buffet à gradins,  buffet bas, d'un seul corps, avec au dessus, en retrait, un élément à portillons, en Haute-Provence une crédence, meuble bas muni de deux vantaux et deux tiroirs. Presque partout, des placards ménagés dans l'épaisseur du mur, où s'entassaient les terraio, humble vaisselle en poterie, les dourgo, cruches à deux anses, les tian, grands plats de terre.

l'eau, l'huile, les grais sont conservés dans des gerlo de toutes dimensions qu'on enterre parfois et qui sont les héritères directes des antiques dolia de l'époque gallo romaine. L'art du potier fournit l'essentiel de cet outillage culinaire, cuivres et étains n'étant pas d'un usage courant.

Dans les chambres un mobilier très simple, le grand lit à quatre montants - percouliero- garni d'une paillasse sommaire, semblable à celle que Mistral utilisa jusqu'à sa mort, une armoire à l'inge, généralement apportée en dot par l'épouse, et un berceau, caisse ajourée posée sur des spatins incurvés et répodnant facilement aux impulsions de la main qui berce. En pays montagnard, là où la salle commune avoisine l'étable, par crainte des animaux domestiques où même des loups encore nombreux on suspendait le brusc, le berceau rudimentaire, au mur, comme on le faisait pour la panetière.

Au centre de la pièce, brûle un calèu, la plus humble des lampes à huile, consitutée par un récipient métallique ovale, avec une gouttière pour la mèche et une tige de suspension qui pouvait n'être qu'un simple roseau. Dès le milieu du siècle dernier, dans la société plus évoluée et plus riche, le calèu cède la palce à la lampe à pompe en étain, toujours alimentée par l'huile. L'usage du pétrole s'introduit à la fin du siècle dans les camapgnes et son règne y dure longtemps, car si quelques rares villages commencent à connaître l'lectiricité à partir de 1890, grâce à des initiatives préivées, l'électrification rurale traînera pendant des décennies et ne sera pas terminée à la veille de 1940 ! ...

... le confort était à peu près inconnu à cette époque ; seule la salle commune était chauffée par un grand feu de cheminée qui servait également à la cuisine. Le combustible employé était généralement le bois et parfois, dans les régions pauvres, la bouse de vache séchée.

Dans le reste de la maison, point de feu ; les chambres sont glaciales ...

... La vie de la campagne et des villages était rude ; il fallait aller chercher l'eau au puits ou à la citerne et la mesurer avec parcimonie les années de sècheresse. L'usage des pompes à moteur ne s'est introduit qu'au début siècle et l'au à la pile est un progrès tout récent.

Des lieux d'aisances très rudimentaires, situés le plus souvent à l'extérieur de la maison, point de cabinet de toilette, ni à plus forte raison de salle de bains ....

"la vie Quotidienne"

en Provence au temps de Mistral - Pierre ROLLET