Le tablier fait partie intégrante du costume provençal. En effet, nous revoyons tous nos aïeules avec leur tablier.  Mon amie Maguy vient de m'envoyer cette "histoire du tablier de grand-mère" que je ne peux metrre au tiroir des oubliettes, car je le trouve magnifique. C'est exactement le tablier de ma "mamée" :

"... Te souviens-tu du tablier de ta grand-mère ? Le principal usage du tablier de grand-mère était de protéger la robe en dessous, mais en plus de cela : il servait de gant pour retirer une poêle brûlante du fourneau. Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants, et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.

Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les oeufs, les poussins à réanimer, et parfois les oeufs fêlés qui finissaient dans le fourneau.

Quand les visiteurs arrivaient, le tablier servait d'abri à des enfants timides.

Et quand le temps était frais, grand-mère s'en emmitouflait les bras.

Ce bon vieux tablier faisait office de soufflet, agité au dessus du feu de bois. C'est lui qui transbahutait les pommes de terre et le bois sec jusque dans la cuisine.

Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.

En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l'arbre.

Quand les visiteurs arrivaient de façon impromptue, cétait surprenant de voir avec quelle rapidité, ce vieux tablier pouvait faire la poussière. A l'heure de servir le repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, et les hommes aux champs savaient aussitôt qu'ils devaient passer à table.

Grand-mère l'utilisait aussi pour poser la tarte aux pommes à peine sortie du four sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle refroidisse : de nos jours sa petite fille la pose dans le micro-onde pour la décongeler.

Il faudra de bien longues années, avant que quelqu'un invente quelque objet qui puisse remplacer ce bon vieux tablier qui servait à tant de choses.

En souvenir de nos grand-mères, racontez cette histoire à ceux qui savent, et ceux qui pourront apprécier :

C'est bien l'histoire du tablier de "ma grand-mère".

Auteur inconnue

Et comme les grands esprits, se rencontrent, ci-dessous, sensiblement le même texte en provençal, qu'une autre amie, Martine m'a transmis :

.... D'abord aquéu faudau servié à proutegi la raubo qu'èro en dessouto.

Tambèn, servié de gant pèr aganta la sartan qu'èro sus lou fio o pèr sourti une tarto dou four.

Se n'en servié de boufet pèr recaliva lou fio dins la chaminèio.

Falié vèire à la vitesso que lou quitavo quouro un estrangié arrivavo pèr faire lèu la pousso sus la mastro.

Servié tambèn de panié pèr mounta quatre tartifle de la cavo o pèr ana querre uno pougnade de liéume au jardin.

La falié vèire reveni dou galinié, amé lou faudau plein d'iou ou uno couvado de piéu-piéu que venien d'espeli e que falié rintra à la sousto.

Aquéu faudau me servié de recàti pèr m'escoundre, quouro un vesitour se moustravo, qu'ère un pau crentouso.

Aquéu faudau fasié mestrié pèr eissuga mi lagremo quand veniéu de faire lou mourre-bourdoun dins l'escalié ; o pèr me freta lou mourre mascara d'agroufioun ou de frago.

Avié une pocho grandasso, aquéu faudau ; ma grand l'escoundié de tresor. Enfounsavo sa man dedins pèr n'en sourti un sucrèu, une pichoto pèço, ou lou moucadou quand ère enraumassado.

Quand anavian dina vers elo, lou dimenche, après la messo, avans de ié faire lou poutoun me jitave dins si cambo pèr nifla soun faudiéu. Aviéu pas besoun de demanda lou menut, se sentié la cebo avié fa un bon founs pèr faire une dobo, se sentié lou graioun, èro un crespèu e s'èro blanc de farino, segur qu'avié fa une tarto ou un bescue.

Se n'en passara de tèms avans que quaucun aguèsse proun d'imaginacioun pèr faire uno besougno que servira à tant e tant de causo.

Degun remplaçara lou faudau de ma grand.

Oudilo SEIGLE et Crestian MOREL

(prouvençau de basso prouvenço)